Son tour est enfin arrivé. Le gérant de fortune, financier pris dans les tourments de l’affaire Madoff et mari à la déprime dangereuse, personnage central de ce crime commandité et peut-être décommandé, parle d’abord de son existence. Il faut reconnaître que celle-ci est assez compliquée sur le plan personnel.

Un premier divorce avec un fils dont il paie encore la moitié de l’écolage. Un deuxième divorce d’avec Nathalie, la victime de cette affaire, et deux jeunes adolescents dont il doit aussi contribuer à l’entretien. Une troisième compagne, qui ne veut plus le voir depuis qu’il croupit en prison, dont il a aussi eu une petite fille qu’il cherche encore à rencontrer, à voir et à aider. En résumé. Trois ex en pétard et quatre enfants éparpillés, cela fait beaucoup.

Le prévenu est ému, surtout quand il se souvient de son propre passé. Il évoque ce père qui a succombé à une crise cardiaque à 34 ans et qui l’a laissé devenir bien trop tôt un chef de famille. Il parle des courriers qu’il a écrits à ses enfants depuis sa cellule. Deux ont répondu. Pas les deux autres, ceux dont il avait projeté de tuer la mère. On les comprend. Lui aussi: «Je suis triste pour eux, ce ne doit pas être facile.»

Le gérant de fortune ajoute: «Moi-même, je me suis détesté pour ce qui s’est passé.» Marc Bonnant, conseil de la partie plaignante, intervient: «Alors maintenant ça va donc mieux?» Jacques Barillon vole au secours de son client: «Vous vous détestez encore aujourd’hui, n’est-ce pas?» La réponse s’impose. C’est oui.

Me Barillon s’énerve déjà de bon matin car la présidente lui demande d’arrêter de plaider et de poser des questions. Rien de très nouveau. L’avocat montre encore plus d’énergie vocale: «Ce n’est pas ceux qui se roulent par terre dans cette salle qui regrettent forcément de la manière la plus sincère!» Histoire d’expliquer la réserve du prévenu lorsqu’il s’agit d’exprimer des remords ou de l’empathie. La présidente Anne-Isabelle Jeandin Potenza arrive aussi à parler un peu plus fort. «Asseyez-vous, Maître!»

C’est parti pour l’évocation de «l’odieux projet», comme il l’appelle lui-même. Trouver quelqu’un pour tuer Nathalie. «Une idée folle.» Faire passer cela pour un accident ou plutôt un cambriolage qui a mal tourné.

Et cette vie qui continue alors que ce plan rumine. Rencontres avec des sociétés immobilières. Grand projet de fonds privé d’investissement dans des sociétés de luxe avec des capitaux venant de Hongkong. Un projet qui allait bien entendu aboutir juste au moment de l’arrestation. La neige qui rend difficile la montée à l’appartement de Crans-sur-Sierre. Le partage des biens acquis après le mariage. On se croirait presque à un procès pour banqueroute frauduleuse ou dans un divorce.

Là, ça s’emballe. Il raconte ce qu’il a fait la nuit où sa femme se faisait agresser dans le jardin par un mastodonte armé d’une batte et d’un couteau. Ranger les pizzas au frigo, faire la vaisselle, regarder par la fenêtre, tendre l’oreille, monter chercher une arme, ne pas déclencher inutilement l’alarme, sortir avec le bouledogue et lui dire d’attaquer sans savoir ce qui se passe, rentrer, sortir avec les chihuahuas…

Retour à la case divorce. Car une question vient au juge Vincent Fournier: «Est-ce que la garde des enfants était un sujet de discorde entre vous et votre épouse à cette époque?»

Le financier de répondre: «Je ne voulais pas divorcer car j’avais peur d’abandonner mes enfants.» Tout est vraiment raté dans cette histoire.