Sexe: masculin. Age: 56 ans. Profession: juriste. Voilà le portrait-robot du constituant auquel les Genevois ont décidé de confier leur avenir (LT du 20.10.2008). Austère, l'assemblée chargée de réécrire la charte fondamentale du bout du Léman? Conservatrice, en tout cas: l'équilibre entre sages et forces vives est loin d'être atteint: près de la moitié des 80 constituants sont sexagénaires ou septuagénaires. La parité passe également à la trappe: seules 14 femmes ont décroché un siège (lire ci-dessous). Point de percée non plus de la société civile, qui doit se contenter de 18 sièges. Les partis, en revanche, sortent du scrutin avec les honneurs, ce qui amène les déçus à redouter que l'assemblée ne se mue en Grand Conseil bis. La gauche compte 37 sièges, la droite 39. «Ni de droite ni de gauche», le MCG entend jouer les arbitres avec ses 4 fauteuils.

La mayonnaise prendra-t-elle? Tout dépendra de l'état d'esprit des élus, et de leur capacité à aller au-delà de la défense des acquis pour élaborer une charte porteuse d'avenir. Au lendemain de l'élection, Le Temps esquisse un portrait subjectif de la Constituante et de quelques recalés.

• Les champions du scrutin

Le premier de classe toutes catégories confondues, c'est le libéral Jacques-Simon Eggly, qui récolte 11668 voix. Conseiller national pendant vingt-quatre ans, ancien rédacteur au Journal de Genève, chroniqueur au Temps et président de l'Organisation des Suisses de l'étranger, le libéral de 66 ans est pressenti pour prendre la tête de la Constituante. «Je suis disponible», dit-il.

A l'image de Jacques-Simon Eggly, c'est la totalité de la liste libérale qui fait un carton: sur la deuxième marche du podium, l'éminent théologien Olivier Fatio, avec 11 223 suffrages; le constitutionnaliste Michel Hottelier arrive juste derrière (11 052 voix). Avec sa brillante élection qui la place au quatrième rang, la journaliste Béatrice Barton est la mieux élue des 17,5% de femmes.

Chez les socialistes, dont la liste arrive en deuxième position, le plus populaire avec 10 125 voix est le professeur de droit public Thierry Tanquerel, 54 ans, qui comptait parmi les premiers militants pour une révision de la charte fondamentale. Il est suivi par l'avocat et ex-député au Grand Conseil David Lachat. Les Verts, troisième parti, font confiance à Marguerite Contat Hickel, juriste, cheffe de projet au CICR et conseillère municipale en Ville de Genève. Quant à l'Avivo, elle a été tirée par sa locomotive, l'ex-président du conseiller d'Etat genevois, Christian Grobet, 67 ans.

Ancien directeur de l'Office fédéral de l'environnement, le PDC Philippe Roch réussit son entrée à la Constituante en récoltant 9087 voix. Chez les radicaux, l'ex-conseillère nationale Françoise Saudan, se hisse au rang de première de classe. Sur la liste économique «G[e]'Avance», Michel Barde, ancien président de la Fédération des entreprises romandes séduit 6409 électeurs. L'UDC Soli Pardo le devance de quelques voix et le meilleur élève de SolidaritéS, l'ex-conseiller national Nils de Dardel suit, soutenu par 6135 citoyens. Chez les associations, Alfred Manuel arrive premier. Cloturant la marche des mieux élus, l'avocat MCG Patrick-Etienne Dimier, 58 ans, obtient 3773 voix.

• Les jeunes talents

On l'aura compris, la jeunesse n'est pas la qualité première de la Constituante: un élu sur trois a atteint ou dépassé l'âge de 65 ans, et seuls cinq d'entre eux ont moins de trente ans. Qu'à cela ne tienne: l'assemblée compte tout de même de jeunes constituants prometteurs, comme l'avocat libéral Lionel Halpérin, 34 ans, désigné par 10551 Genevois, ce qui le hisse à l'honorable cinquième place du classement général. Le fils du président des libéraux genevois, Michel Halpérin, se lance ainsi dans son premier mandat électif.

La gauche compte plus de jeunes que la droite, comme le Vert Jérôme Savary, 31 ans, qui était à l'origine de l'initiative «J'y vis, j'y vote», en faveur du droit de vote des étrangers. Avec 8 413 voix, sa collègue de parti Louise Kasser réussit le double exploit de figurer parmi les 14 femmes élues et d'être la benjamine de l'assemblée avec ses 23 ans. Vice-président du PS genevois à l'âge de 29 ans, Cyril Mizrahi commentait hier son élection sur son blog: «En tant que malvoyant, je me réjouis de pouvoir défendre l'égalité et l'intégration des personnes handicapées dans la future Assemblée.»

A droite, le juriste radical Murat Alder, 27 ans, obtient 5822 voix. Sa motivation est si grande qu'il a déjà dans sa poche un projet de Constitution. Du côté de G[e]'Avance, Stéphane Tanner, ex-directeur de l'administration fiscale cantonale, obtient 5063 voix.

• Les recalés

On les imaginait facilement élus, mais ils n'ont pas passé pas la rampe. Le président du Parti du travail, Jean-Luc Ardite, est ainsi recalé. Sur la liste «Expression citoyenne», Jean Barth, pourtant auteur d'une foule d'initiatives populaires, dont celle contre la fumée passive, reste sur la touche. Chez «G[e]'Avance», le patron d'Edipresse (actionnaire à 44,7% du Temps), Tibère Adler, et son fils Quentin, candidats en binôme, ne passent pas la rampe. L'ex-recteur ad interim de l'Université de Genève, Jacques Weber, est écarté, tout comme la députée libérale Fabienne Gautier. Même déconfiture pour Anja Wyden Guelpa, directrice de l'Action sociale à Genève en lice sur la liste socialiste.