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L’engagement mesuré de la Suisse à la COP23

Dans son discours à la conférence climatique de Bonn, Doris Leuthard a rappelé la détermination de la Suisse à favoriser la mise en œuvre de l’Accord de Paris. L’action helvétique sur le climat est toutefois jugée insuffisante par les ONG

Dans la lutte contre les changements climatiques, il est temps d’agir de manière concrète, et de ne plus prolonger inutilement les discussions: telle est la position qu’a défendue Doris Leuthard le 16 novembre devant les délégués de la Conférence de l’ONU sur le climat, la COP23, qui se tient à Bonn en Allemagne. La présidente de la Confédération n’a toutefois pas promis d’efforts supplémentaires de la part de la Suisse, selon elle une «bonne élève» du combat climatique.

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Les représentants de près de 200 pays sont réunis depuis le 6 novembre dans le cadre de la COP23, placée sous le patronage de la République des Fidji. Le but est de mettre sur pied les règles d’application de l’Accord de Paris, adopté fin 2015 et qui prévoit de contenir le réchauffement sous le seuil critique des 2°C d’ici à la fin du siècle.

Après plusieurs jours consacrés à des discussions techniques, notamment sur la comptabilité et la transparence des efforts entrepris par les pays pour réduire leurs émissions de CO2, la conférence a pris mercredi 15 novembre un tour plus politique, avec la visite des chefs d’Etat et de gouvernement, dont les prises de parole se succèdent depuis en assemblée plénière.

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«Les émissions de CO2 sont reparties à la hausse alors qu’elles avaient stagné les années précédentes. Des événements climatiques à fort impact se sont succédé dans le monde. En Suisse, les glaciers fondent et nous avons fait l’expérience de glissements de terrain», a souligné Doris Leuthard dans son discours. Avant de poursuivre: «Il est temps de prendre nos responsabilités d’un point de vue politique.»

Ci-dessous, Irène Alvarez, directrice des programmes CREA Mont-Blanc :

Objectif insuffisant

La Suisse se classe cette année au douzième rang du classement climatique des pays, établi par les organisations de protection de l’environnement Climate Action Network Europe, The New Climate Institute et Germanwatch, et dont les résultats ont été annoncés mercredi 15 novembre. «C’est une bonne position», a estimé Doris Leuthard dans un entretien à l’issue de son discours. Elle considère que la Suisse a «fait ses devoirs» en proposant un objectif de réduction de ses émissions de CO2 de 50% d’ici à 2030, par rapport au niveau de 1990.

Cet objectif est jugé insuffisant par les ONG. «La Suisse doit au moins doubler ses ambitions si elle veut mener une politique climatique suivant l’Accord de Paris», affirme Patrick Hofstetter, responsable climat et énergie au WWF Suisse. Un point en particulier fait l’objet de critiques: sur les 50% de réduction d’émissions promis, seuls 30% le seront à l’intérieur des frontières helvétiques, les 20% restants devant être compensés par l’achat de certificats à l’étranger. Or il est difficile de garantir que de tels certificats correspondent bien à des baisses effectives d’émissions de CO2… Le WWF appelle à suivre l’exemple de la Suède, pays qui obtient la meilleure place dans le nouveau classement climatique, et dont les émissions «devraient diminuer presque deux fois plus rapidement qu’en Suisse».

Ci-dessous, Marine Decrey, membre de l'association Swiss Youth For Climate

Pertes et dommages

La Confédération devrait par ailleurs se montrer plus ambitieuse dans le soutien financier qu’elle apporte aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables aux changements climatiques, estime Alliance Sud, la coalition des organisations suisses de développement. «Il est particulièrement problématique que notre délégation n’ait pas davantage soutenu la mise en place du processus de pertes et dommages, qui prévoit de venir en aide aux pays faisant face à des événements contre lesquels il est impossible de se prémunir, comme la montée des eaux pour les petites îles du Pacifique», relève Jürg Staudenmann, expert climat et développement d’Alliance Sud.

«Nous avons beau être un pays riche, il faut faire preuve de réalisme, afin de convaincre la population, les milieux économiques mais aussi le parlement de la pertinence de notre action climatique», avance Doris Leuthard. Cette année encore, le Conseil fédéral devrait approuver le message sur la révision de la nouvelle loi sur le CO2, censée permettre la mise en œuvre de l’Accord de Paris en Suisse.

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