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Ignazio Cassis (à droite), prend la parole lors d'une conférence de presse, le mardi 11 juillet, 2017 Camorino, Tessin.
© DAVIDE AGOSTA/Keystone

Succession Burkhalter

L’énigmatique stratégie du PLR tessinois

En désignant Ignazio Cassis seul sur son ticket pour le Conseil fédéral, la présidence du PLR tessinois stimule et embarrasse à la fois les Romands. Analyse

Stratégie suicidaire, pari gagnant, coup de bluff? En misant sur un ticket à un seul nom et en y plaçant d’ores et déjà Ignazio Cassis, la présidence du PLR tessinois a surpris mardi.

Cette dernière se dit persuadée de tenir la bonne stratégie: Ignazio Cassis seul Tessinois dans la course à la succession de Didier Burkhalter, voilà la meilleure option pour garantir au canton de retrouver sa place au Conseil fédéral dix-huit ans après le départ de Flavio Cotti (PDC), mais aussi pour affronter une concurrence romande «qui ne manquera pas de se manifester».

A première vue, les têtes pensantes du PLR tessinois provoquent l’inverse du but recherché. Tout d’abord, elles semblent encourager une candidature romande qui n’allait pas de soi. Les intéressés auraient en effet pu être intimidés face à un ticket tessinois à deux noms vu la valeur et la diversité des prétendants au Conseil fédéral venant de ce canton. D’autant plus qu’à aucun moment le comité directeur du PLR Suisse n’a dit son intention de parvenir à un ticket final composé d’un Tessinois et d’un Romand, comme le rappelle le vice-président du parti, Christian Lüscher. «Ce n’est pas du tout un critère de départ. Les sections cantonales ont jusqu’au 11 août pour désigner leurs candidats. Le groupe parlementaire établira son ticket début septembre.» Seul critère de base: les candidats devront représenter la Suisse latine.

Lire aussi: Ignazio Cassis: «La Suisse italienne doit retrouver un siège au Conseil fédéral»

Une stratégie «qui affaiblit»

Président d’Helvetia Latina, le conseiller national Jacques-André Maire (PS/NE) avoue ainsi ne pas comprendre la stratégie du PLR tessinois. «Nous sommes dans une conjonction idéale pour avoir un siège italophone au Conseil fédéral. La stratégie du PLR tessinois l’affaiblit, je le regrette. Avec un double ticket, homme-femme par exemple, il aurait augmenté ses chances.»

En désignant un candidat unique, la présidence du PLR tessinois donne par ailleurs l’impression de forcer la main à un parlement fédéral qui déteste être mis devant le fait accompli. Et le prétendant proposé, Ignazio Cassis, ne fait pas l’unanimité. La gauche lui reproche sa proximité avec certains assureurs et une aptitude au compromis insuffisante dans la délicate réforme des retraites. L’UDC devrait être séduite par le profil libéral du docteur Cassis. Mais le fort engagement du Tessinois contre l’initiative «Contre l’immigration de masse» constitue un handicap aux yeux de la droite nationaliste.

Qui pour être le fossoyeur des aspirations tessinoises?

A première vue maladroite, la stratégie du PLR tessinois pourrait toutefois s’avérer gagnante. Si Ignazio Cassis divise, aucune force politique ne l’a déclaré inéligible. Depuis la démission de Didier Burkhalter à la mi-juin, il a résisté dans la position inconfortable de favori.

Surtout, le PLR tessinois avec son ticket à un nom met la Suisse romande dans un rôle qui lui est étranger: à son tour d’être majoritaire et de devoir montrer le soin qu’elle prend des minorités. Portés par de bons scores électoraux, les PLR romands se sentent certes légitimes pour envoyer un candidat dans la course au Conseil fédéral. Mais qui voudra être le fossoyeur des aspirations tessinoises? Qui pour prétendre qu’il est préférable d’avoir trois Romands au sein du Conseil fédéral plutôt que deux Romands et un Tessinois?

La piste femme vaudoise

Une échappatoire: celui d’une candidature femme. Isabelle Moret? La conseillère nationale vaudoise trilingue, appréciée sous la Coupole, continue d’y réfléchir. L’expérimentée conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro prendra elle aussi une décision fin juillet. Mais pour les deux élues, les calculs sont délicats. Aucune ne se lancera dans une épuisante campagne si c’est pour récolter des voix éparses le jour de l’élection. Le parlement, censé veiller à un équilibre des régions au sein du Conseil fédéral, pourrait rechigner à placer deux Vaudois dans un gouvernement où siègent déjà deux Bernois.

Côté masculin, une candidature de Pierre Maudet continue à faire bruisser les milieux politiques. A l’aube d’élections cantonales, le conseiller d’Etat se drape dans le silence. Le vice-président du parti Christian Lüscher? «Je laisse la porte ouverte. Une décision sera prise en temps utile», indique le conseiller national. Le PLR genevois a fixé le délai de dépôt des dossiers au 4 août.

C’est pratique. Les délégués du PLR tessinois, réunis le 1er août en assemblée, pourront toujours corriger la stratégie de leur présidence à la lueur des débats romands. «Ils pourront bien juger d’ici là s’il y a un poids lourd romand dans la course mettant en danger Ignazio Cassis ou pas», résume Jacques-André Maire. Auquel cas l’un des prétendants éconduits par la direction du PLR tessinois, le conseiller d’Etat Christian Vitta ou sa prédécesseure Laura Sadis, aura sa chance tout en ayant passé l’été au frais.

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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