La semaine dernière, les gendarmes savoyards qui enquêtaient sur la chute d'un spéléologue en Maurienne (LT du 14 août) prévoyaient une issue rapide de leurs investigations. Ils avaient raison. Vendredi après-midi, trois grimpeurs se sont présentés à la gendarmerie de Saint-Jean-de-Maurienne. Après avoir brièvement tenté de nier les faits, ils ont avoué être à l'origine de la malveillance. Sans pour autant mesurer la portée de leur acte.

Une semaine avant la confession des jeunes gens, trois membres du Spéléo-Club de Savoie explorent un réseau souterrain logé dans la falaise calcaire (la plus haute d'Europe) de la Croix des Têtes, dans la vallée de la Maurienne. Samedi 8 août à 22 h, Lionel Vivet, 30 ans, se présente le premier à la sortie du réseau. Sans attendre ses compagnons, il décide de descendre en rappel la falaise, dont le pied est situé 50 mètres plus bas. Au bout de 3 mètres, le spéléologue dévisse. Il se fracasse sur des rochers. Par miracle, il ne se tue pas, mais se blesse grièvement. Souffrant de plusieurs fractures et d'un grave traumatisme crânien, le spéléologue est conduit en hélicoptère à l'hôpital de Grenoble. Ses deux compagnons découvrent que la corde fixe, installée en juin dernier lors d'une première reconnaissance sur les lieux, a été sectionnée net. Une deuxième corde a subi un peu plus bas le même sort.

Le lendemain matin, les deux rescapés et les gendarmes tombent sur le registre du refuge de Bionant, situé sur l'accès à la falaise. Daté du 25 juillet, un texte manuscrit de deux pages s'en prend avec violence aux spéléologues. Comme le tueur à gages de Pulp Fiction, le film de Quentin Tarantino, l'auteur du texte cite une prophétie vengeresse du prophète Ezéchiel. Il décrit les grimpeurs comme des êtres qui s'élèvent vers la pureté, alors que les spéléologues rampent selon lui comme des créatures diaboliques dans les entrailles de la terre. Il note enfin qu'il a sectionné les cordes préinstallées pour «nettoyer» la montagne.

Les enquêteurs lancent un appel à témoin. Il est entendu. En particulier par l'entourage des trois jeunes grimpeurs, respectivement âgés de 18, 19 et 20 ans. Leur entourage sait qu'ils étaient dans le massif de la Croix des Têtes fin juillet. Les trois jeunes, tous originaires de la région de Saint-Jean-de-Maurienne, élaborent un faux témoignage, puis se présentent à la gendarmerie. Leur version des faits contredit les autres témoignages recueillis jusqu'alors, notamment celui d'un randonneur qui se souvient avoir vu le 25 juillet les grimpeurs à proximité des lieux de l'accident. De plus, une expertise graphologique confond l'auteur du texte, qui s'avère être le plus jeune, mais aussi le meneur de la bande. Après avoir reconnu avoir coupé les cordes, le grimpeur de 18 ans a été mis hier en examen pour «violences et dégradations volontaires» et emprisonné au centre de détention d'Aition, près d'Albertville. Ses deux acolytes, mis en examen pour «omission à prévenir une atteinte à l'intégrité corporelle», ont été laissés en liberté et placés sous contrôle judiciaire. Tous trois entendaient devenir des professionnels de la montagne.