Susanne Bergius se décrit elle-même comme un pont entre la Suisse allemande et la Romandie. Son but: étendre de ce côté de la Sarine le mouvement qui traverse plusieurs cantons alémaniques en faveur du libre choix de l'école (voir ci-dessous). Le peuple de Bâle-Campagne sera le premier, cet automne, à se prononcer sur l'une des initiatives du Lobby Parents.

Domiciliée à Yverdon, mère de trois enfants dont deux en âge scolaire, Susanne Bergius dirige la section vaudoise de ce groupe de pression. La mieux armée pour être la première, en Suisse romande, à passer à son tour à l'attaque. La militante et son mouvement avaient profité des élections cantonales 2007 pour chercher des appuis dans la classe politique. Elle en a trouvé dans tous les partis, mais il est encore trop tôt pour articuler une date de lancement. A partir de l'automne? L'an prochain? A Genève et ailleurs, c'est le calme plat. Visiblement les appareils politiques ont d'autres priorités, y compris dans le domaine scolaire. La Suisse romande échappera-t-elle au débat qui fait rage de Zurich à Bâle? Le Temps résume l'essentiel de cette problématique en six questions.

• Qu'appelle-t-on chèque ou bon scolaire?

Un financement équivalent des écoles publiques et des écoles privées agréées, au pro rata du nombre d'élèves et basé sur le coût moyen de l'élève en école publique (autour de 15 000 francs en moyenne suisse.) L'objectif est d'offrir aux parents le choix entre plusieurs options pédagogiques. Mais aussi d'en finir avec les actuelles «cartes scolaires» qui imposent la fréquentation de tel ou tel établissement public. Susanne Bergius tient à la nuance: «On ne privatise pas, on veut élargir l'offre publique.»

• Où ce système existe-t-il?

La Suède est citée en exemple. «Notre système d'allocations scolaires est sans doute le plus ambitieux au monde», écrivait récemment dans Le Temps l'ancien ministre Per Unckel (LT du 7 mai). Au Danemark, des groupes de familles totalisant au moins 28 enfants sont autorisés à ouvrir une école subventionnée. La Finlande, la Belgique et les Pays-Bas appliquent également un principe reconnu dans leur Constitution.

• Quels sont les reproches adressés à l'école publique?

Les promoteurs du chèque scolaire s'appuient sur une liberté de l'enseignement identifiée comme un droit humain fondamental. L'idéal d'une école publique unique convenant à tous ne serait plus qu'une illusion. La société est devenue si hétérogène que le monopole scolaire n'est plus une garantie de cohésion sociale mais qu'au contraire il la compromet. «Maintenir à tout prix une école unique au nom des valeurs que cette école ne peut de toute évidence plus transmettre ou perpétuer est un combat d'arrière-garde», notaient Jean-Daniel Nordmann et Jean-Philippe Chenaux, dans une édude publiée en 2004 par le Centre patronal vaudois.

• Qui est pour, qui est contre?

Le mouvement alémanique en faveur du libre choix est mené par des parents particulièrement impliqués et mobilisés, les soutiens politiques n'intervenant qu'au premier plan. A titre personnel, Susanne Bergius rêve ainsi d'une école mettant plus l'accent sur la découverte, la créativité, la collaboration avec les parents, et moins sur l'enseignement frontal.

Les adversaires des réformes scolaires qui, dans les cantons de Vaud et de Genève, ont obtenu le retour des notes, se déclarent en revanche nettement opposés au bon scolaire. Comme Jean Romain: «Je suis un fervent défenseur de l'école républicaine, publique et gratuite, et je ne crois pas à la liberté de choix. Il faudrait doubler l'offre, ce qui est peut-être faisable en ville mais qu'en serait-il de la Broye ou des vallées valaisannes?» Pour lui c'est clair, le seul combat à mener est d'«arrêter la pompe à médiocrité dans l'école publique».

Traditionnellement, la gauche et les radicaux s'opposent à toute atteinte à l'école publique. Mais le débat alémanique montre des exceptions croissantes dans la rigidité des fronts. Les milieux économiques sont favorables à la diversité scolaire. Du moins en théorie, car ils ne montent pas au front. Les écoles privées établies observent à ce stade une prudente neutralité. Elles se satisfont officiellement du statut de complémentarité payante que leur réservent la plupart des cantons et savent qu'un bouleversement du système remettrait aussi en question leur mode de fonctionnement.

• Existe-t-il une solution intermédiaire entre le statu quo et la liberté de choix?

Pour certains, les initiatives alémaniques et celles qui pourraient être lancées en Suisse romande ont au moins l'avantage de faire pression sur les instances scolaires publiques pour les pousser à s'ouvrir à une certaine diversification. C'est bien ce que pense la conseillère aux Etats jurassienne Anne Seydoux, qui préside la fédération romande des parents d'élèves: «Les parents d'élèves souhaitent l'enseignement des langues par immersion ou des structures d'accueil étendues comme dans le privé. En signant ces initiatives, ils disent «On veut que ça change.»

• Les autorités scolaires comprennent-elles le message?

Cela reste à démontrer. Les écoles publiques sont déjà aux prises avec de multiples réformes et sont engagées prioritairement dans le processus d'harmonisation. Sur les ondes de la Radio romande, la socialiste Anne-Catherine Lyon, cheffe de l'école vaudoise, a opposé un niet à toute idée de bon scolaire. Au secrétariat général de son collègue et camarade genevois Charles Beer, on ne voit sur le sujet aucune actualité. Le département est confiant dans la stabilité des 10% d'élèves genevois qui fréquentent l'école privée. Dès lors, ceux qui espèrent que l'école publique évoluera naturellement vers l'ouverture et la diversité, vu la diversité des élèves, émettent peut-être un vœu pieu.