Hautes écoles

L’enseignement au cœur des nouveautés des universités

Après des années de réformes structurelles, cette rentrée est marquée par plusieurs nouveautés dans les programmes

La vie académique a ses retours de balancier. Après des années de réformes structurelles, soit pour se partager des matières, soit par l’effet des nouveaux cursus bachelor-master (LT du 14.09.09), les universités mettent à nouveau l’accent sur l’enseignement.

Certes, à chaque automne, les annonces de création de nouveaux masters sont devenues courantes. Mais à l’occasion de cette rentrée, la formation revient sur le devant de la scène, au cœur des discours des recteurs. Le signe, sans doute, que les grands réaménagements du paysage académique reculent dans l’ordre des priorités, chaque académie essayant d’exploiter ses points forts et ses offres de niche. Tour d’horizon, à l’heure du retour dans les auditoires, depuis ce lundi.

Lausanne prône les sciences exactes pour tous

La nouveauté la plus marquante vient de Lausanne, où l’Université offre désormais des cours de sciences «dures» à ses étudiants en humanités – à l’instar de l’EPFL, qui dispense depuis plusieurs années des initiations au droit, à l’économie ou aux religions à ses ouailles. Dès cette rentrée, l’académie propose six modules d’introduction à la génétique, l’étude du cerveau, la physique, la perception et la biologie de l’évolution. Le programme est ouvert à tous les étudiants, mais en option. Ces cours donneront toutefois droit à des crédits d’études, variables selon la faculté.

Les enseignements sont assurés par trois équipes de l’Université, et trois de l’EPFL. Vice-rectrice à l’enseignement, Danielle Chaperon juge que «jusqu’ici, les sciences humaines et sociales étaient dispensatrices, disséminaient des savoirs, sans rien recevoir». L’enjeu consiste à «convaincre les étudiants que la culture scientifique est une nécessité intradisciplinaire»; c’est-à-dire, que les représentations du monde et de l’homme des sciences exactes intéressent la sociologie, l’histoire, la psycho ou l’économie. Danielle Chaperon convient que l’expérience tient du pari: «C’est une opération, difficile, de séduction auprès d’étudiants a priori rétifs».

L’avenir dira si les étudiants des humanités seront aussi curieux que ceux de l’ingénierie ou de l’informatique: à l’EPFL, les cours d’économie ou de littérature rencontrent un grand succès.

Fribourg complète sa médecine

Fribourg vit son aggiornamento en matière de médecine. Avec deux années de cours seulement, la place de Fribourg sur la carte nationale vacillait. Le Conseil d’Etat a donc décidé de compléter le cursus pour délivrer un bachelor (trois ans), en y mettant les moyens: 27,4 millions de francs d’ici à 2013. L’Université va engager sept professeurs. La première volée a commencé ce lundi, avec une vingtaine d’étudiants, effectif qui montera jusqu’à environ 90 en 2012, «ce qui correspond à la capacité de formation médicale au plan national», relève le recteur Guido Vergauwen. Lequel rêve d’un bâtiment dédié à la médecine humaine.

Pour l’heure, il faut trouver les spécialistes en cardiologie, neurologie, pathologie et autres disciplines, ainsi que mettre en œuvre le programme de bachelor avec le réseau hospitalier fribourgeois et la Haute école de santé. Par ailleurs, Fribourg a réorganisé sa Faculté des lettres, qui passe de 14 à sept départements. Elle offre désormais un cursus complet en sociologie en français, allemand ou bilingue, et se dote d’un institut d’histoire suisse contemporaine.

Genève chamboule la formation des profs

A Genève, ce sont les futurs maîtres d’école qui connaissent le plus grand chambardement. L’alma mater crée son Institut universitaire de formation des enseignants, qui regroupera les filières de professeur pour le primaire et le secondaire. Genève est la seule à mettre ainsi les formations des deux niveaux scolaires dans le giron académique, «ce qui est la règle en Europe», arguë Bernard Schneuwly, doyen de la faculté de psychologie et sciences de l’éducation.

Les aspirants au poste de maître au secondaire prépareront d’abord un master dans une discipline, puis le diplôme professionnel. A terme, 800 étudiants sont concernés, sans compter la formation continue. Une bâtisse sera construite pour le nouvel institut.

Neuchâtel ouvre l’économie aux autres spécialistes

Après avoir renoncé à plusieurs branches, Neuchâtel vante sa capacité «à développer une offre de manière novatrice, notamment par la transversalité», plaide la rectrice Martine Rahier. Qui prend pour preuve le succès de la filière mêlant sport et sciences. Cette année, l’Université fait un pas de plus en ouvrant un master en économie dédié à ceux qui n’ont pas évolué dans cette branche auparavant. Moyennant certains rattrapages, ils pourront faire un cursus en économie politique.

Dispensés en anglais, ces cours s’adressent notamment à des étudiants ayant fait leur bachelor en sociologie ou en sciences politiques, «qui veulent une articulation entre économie et sciences humaines», indique Martine Rahier, «car les événements récents du monde économique montrent l’importance de la dimension humaine et sociale, au-delà des chiffres».

L’EPFL généralise les stages

L’EPFL, de son côté, met ses étudiants au régime des stages. Le séjour en entreprise devient obligatoire pour les candidats au master d’ingénieur, dans un premier temps pour les filières d’ingénierie physique, chimique et financière ainsi que quelques voies plus spécialisées. L’école compte sur des grandes entreprises déjà sollicitées spontanément par les étudiants jusqu’ici, ainsi que sur les PME, pour offrir suffisamment de places. Le stage donnera droit à des crédits, ou pourra être utilisé pour le projet de master.

Zurich mise sur les diplômes communs

Pour capter de nouvelles recrues, l’Université de Zurich mise sur des programmes conjoints: en droit, elle ouvre cette année un master double, décerné à la fois par Zurich et, à choix, des écoles de Londres, Maastricht, Strasbourg ou Hong Kong. L’académie accroît aussi ses cursus communs avec, entre autres, l’EPFZ pour la finance, l’Université de Lausanne en droit, ou celles de Bâle et Lucerne pour un nouveau champ, «religions, économie et politique».

Enfin, à Berne, le rectorat a annoncé se concentrer sur la formation doctorale, qui bénéficiera de la création de plusieurs écoles ad hoc.

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