En matière de certification des jeunes, Genève partait de très loin. En 2015, le canton était tout bonnement dernier du classement suisse avec près de 17% d’élèves sans diplôme au sortir de l’école secondaire. Sept ans plus tard, la situation a sensiblement évolué. Selon les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique, 87,9% des élèves genevois ont obtenu au moins un diplôme en 2020. Un résultat qui fait de Genève le deuxième meilleur canton romand, juste derrière le Valais (88,4%) et lui permet de se rapprocher de la moyenne suisse (90,2%). Il aurait même pu faire mieux sans la pandémie, qui a occasionné un retour en arrière par rapport à 2019 (89,6%).

«Cette progression est le fruit d’un long travail pour éviter que les élèves perdent pied en cours de route et pour ramener les décrocheurs vers une formation», se félicite la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta, qui quittera le Département de l’instruction publique (DIP) au printemps prochain après deux mandats. Améliorer le taux de certification des jeunes était l’un des objectifs fixés par le Conseil d’Etat dans son programme de législature en 2018, année qui avait notamment vu l’entrée en vigueur de la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Aujourd’hui, la socialiste peut se réjouir de ce bilan, même si tout n’est de loin pas parfait.

Fragilités inhérentes au canton

L’importance d’obtenir un premier diplôme, que ce soit un CFC, une AFP ou une maturité, n’est plus à démontrer. Sans qualification, le risque de se retrouver à l’aide sociale ou au chômage est quatre fois plus élevé. En particulier à Genève, canton urbain, tertiaire, avec une forte population étrangère et précaire.

Des fragilités qui expliquent en partie les mauvais résultats du canton par le passé. Jusqu’en 2018, 550 mineurs décrochaient chaque année. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une trentaine selon le DIP. Ceci grâce à un vaste dispositif de soutien pédagogique tout au long de la scolarité et auprès du public cible: ces jeunes en rupture qui, après un échec, un passage à vide ou des difficultés personnelles, abandonnent leur formation. En 2020, ils étaient près de 850, âgés de 18 à 25 ans, dans ce cas.

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«Ne pas baisser les bras»

C’est ce qui a bien failli arriver à Kevin*. En échec à la sortie du cycle d’orientation, il double sa dernière année puis se met en quête d’une place d’apprentissage. «Comme je n’ai pas trouvé, je suis allé à l’Ecole de culture générale où les choses ne se sont pas bien passées pour moi», raconte l’adolescent dans une vidéo diffusée par le DIP. Il est alors orienté vers le programme «parcours individualisé». Après une remise à niveau scolaire, un soutien pour rédiger ses candidatures, Kevin décroche un stage de carrossier-peintre dans un garage qui se poursuit par un essai de deux mois avant de signer enfin un contrat d’apprentissage. «Mon seul conseil, c’est de ne pas baisser les bras», glisse-t-il en guise de conclusion.

Formations pré-qualifiantes, centres de formation préprofessionnelle, remises à niveau ou encore stages en entreprise: depuis 2018, une palette de mesures a été mise en place par le DIP, entre autres par le biais du dispositif CAP formation créé fin 2013. Ce dernier a depuis permis de suivre 2000 jeunes et de diminuer le temps de décrochage. Autrement dit, les élèves sont ramenés plus vite vers le système et 80% des jeunes qui retournent en formation y sont toujours après deux ans.

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Forte concurrence pour les apprentissages

Les diplômes obtenus en 2021 restent dominés par les maturités gymnasiales (35%), suivies des CFC (33%) et des certificats de l’ECG (15%). Les diplômes étrangers (12%) ferment la marche avec les AFP (5%). L’insertion professionnelle de ces élèves n’est toutefois pas homogène. Les détenteurs d’AFP, notamment, auront plus de difficultés à trouver un emploi. De même, si les décrocheurs sont moins nombreux, leur situation est encore plus complexe qu’avant, prévient François Rastoldo, sociologue au Service de la recherche en éducation. «En effet, il existe de moins en moins d’emplois accessibles sans formation et la concurrence est très forte sur le marché de l’apprentissage, souligne-t-il. Pour les jeunes peu ou pas qualifiés, les possibilités d’insertion se réduisent.»

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*Prénom d’emprunt