Le canton de Vaud a mis fin à plusieurs jours d’incertitude. Après avoir donné l’impression de temporiser, le Conseil d’Etat a finalement annoncé mardi après-midi le durcissement de son dispositif sanitaire de lutte contre le Covid-19. Il s’aligne sur les décisions déjà prises par d’autres cantons romands comme Neuchâtel et le Jura. En résumé, le gouvernement a imposé la fermeture de l’ensemble des établissements publics, cafés, restaurants, bars (à l’exception des hôtels). Tous les lieux culturels et de divertissement, tels que les musées, piscines, cinémas, théâtres, fitness, vont également être fermés. Immédiates, les mesures seront effectives dès ce mercredi à 17h et dureront jusqu’au 30 novembre.

Comme d’autres cantons, Vaud a décrété l’état de nécessité. Il interdit tout rassemblement de plus de cinq personnes. Il ordonne également la généralisation du télétravail partout où c’est possible, tant dans l’administration que dans le secteur privé, au plus tard pour le lundi 9 novembre. Les écoles et les garderies demeureront cependant ouvertes. Contrairement à son voisin genevois, le Conseil d’Etat vaudois ne fermera pas les commerces vendant des denrées non essentielles. «Nous n’avons pas la même configuration que Genève, qui est un canton-ville», a expliqué en conférence de presse Nuria Gorrite, présidente du gouvernement vaudois.

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Plan de soutien «sans précédent»

La socialiste a rejeté tout reproche d’attentisme depuis la précédente communication officielle de vendredi: «Nous nous sommes réunis avec le Conseil d’Etat en séance extraordinaire tant lundi que mardi. Nous ne voulions pas arriver avec des restrictions importantes sans pouvoir présenter des mesures d’accompagnement.» Ainsi un plan de soutien «sans précédent», selon les termes de Philippe Leuba, conseiller d’Etat responsable de l’économie, sera détaillé jeudi matin. «Il est plus important que celui déployé durant la première vague», promet l’élu PLR.

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La justification à ce durcissement commence malheureusement à être bien trop connue. «Nous devons briser la chaîne de transmission du virus, afin de préserver la capacité du système hospitalier à prendre en charge leurs patients», a insisté Nuria Gorrite, avant de préciser: «Nous ne protégeons pas un système, nous protégeons des femmes et des hommes en situation de maladie.» Avant de conclure avec gravité: «Si nous devions ne plus être en mesure de leur apporter les soins dont ils ont besoin, c’est que nous aurions failli.»

Fribourg, parmi les plus touchés

Le message était similaire plus tôt dans l’après-midi du côté de Fribourg, où le Conseil d’Etat in corpore présentait également un renforcement drastique de son dispositif sanitaire, en particulier la fermeture des établissements publics, ainsi que de la plupart des installations accessibles au public (théâtres, musées, cinémas, centres de loisirs ou encore piscines). L’arrêté entre en vigueur ce mercredi à 23h. La situation est jugée «très grave» par le conseiller d’Etat Maurice Ropraz, chargé de la sécurité, rappelant que Fribourg faisait dorénavant partie des trois cantons les plus touchés.

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«Nous sommes passés de 130 hospitalisations covid vendredi à plus de 180 mardi», s’est alarmée de son côté la présidente du Conseil d’Etat fribourgeois, Anne-Claude Demierre, signalant que le canton avait déploré 48 décès depuis le 1er octobre. Et les perspectives sont inquiétantes. Avec un taux de reproduction de 2,4, les 4100 cas positifs de la semaine dernière ont potentiellement infecté quelque 10 000 personnes. «Les restrictions d’aujourd’hui préparent les libertés de demain», a enfin plaidé la magistrate socialiste. Dorénavant, le Valais, qui avait été le premier à renforcer ses mesures le 21 octobre, est le seul canton romand à avoir laissé ouverts ses établissements publics.

«Limites des hôpitaux bientôt atteintes»

Reste que, partout, le système hospitalier est sous une tension extrême. Virginie Masserey, de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), a averti mardi que «les hôpitaux pourraient atteindre leurs limites d’ici à cinq jours». Du côté de Lausanne, le CHUV, qui vient d’engager 150 collaborateurs supplémentaires, est en phase de réorganisation, faisant monter le nombre de lits de soins intensifs à 73 lits, contre 35 usuellement. Mais Philippe Eckert, le directeur général du CHUV, prévient: «Avec une progression de 8-9% par jour, on peut s’attendre à monter à 55 personnes hospitalisées en soins intensifs dimanche déjà [contre 37 mardi, ndlr].»

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Lundi soir, un médecin interniste de l’Hôpital fribourgeois (HFR), Nicolas Blondel, postait un poignant message sur les réseaux sociaux. Le soignant y tirait la sonnette d’alarme. Pour lui, si la population et les autorités ne se ressaisissent pas rapidement, le risque d’une «catastrophe sanitaire» est réel. Largement relayée, sa vidéo a fait le buzz bien au-delà des frontières de son canton et a marqué les esprits. Pour le Fribourgeois, d’ores et déjà, «la Suisse, l’un des pays les plus développés de l’Europe occidentale, a failli». A noter que ce mercredi on attend de nouvelles annonces du Conseil fédéral.

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