«Pour la population de Tutwil, le choc est grand. Les gens hésitent à parler de Mischa Ebner. Ils sont étonnés, souvent furieux. Personne ne veut y croire. Ici, tout le monde connaissait Monsieur Ebner. Il a grandi dans le village et son père y demeure toujours». Thomas Goldiner n'en dira pas plus. A l'évidence, le secrétaire communal de Wängi, la localité dont fait partie le village de Tutwil, est lui aussi ébranlé après avoir découvert l'identité du «tueur de minuit» qui a angoissé la région bernoise depuis la nuit du 31 juillet au 1er août.

L'homme, un cuisinier de 27 ans, a été appréhendé mardi soir à son domicile de Spiegel, à Köniz (Le Temps d'hier). Il est passé aux aveux dès son premier interrogatoire. C'est bien lui qui a grièvement blessé une jeune femme de 23 ans à Bümpliz, avant, deux heures plus tard, de poignarder mortellement une seconde jeune femme de 20 ans à Niederwangen. Bien que l'enquête de la police bernoise ne soit de loin pas terminée, cette arrestation a soulagé une population bernoise qui depuis vingt jours vivait dans l'attente d'une éventuelle récidive.

Dans l'entourage du jeune homme, par contre, le temps est à l'incompréhension. Comme à Tutwil où il a passé son enfance. «L'émotion est énorme, confirme un journaliste du Thurgauer Zeitung, le quotidien de la région. Si grande que nous avons renoncé à nous rendre sur place. Il faut laisser aux gens le temps de se reprendre.»

Cette même incompréhension se retrouve dans les propos des personnes qui le côtoyaient, à Berne, dans ses loisirs et professionnellement. «Mischa était un gars très sérieux, ponctuel et un cuisinier hors pair», estime son patron. Le Thurgovien travaillait pour lui, dans un hôtel de la Vieille-Ville de Berne, depuis trois ans. Cité par la Berner Zeitung, l'hôtelier, ne voyait pas d'explication aux faits sordides, «si ce n'est l'existence d'une deuxième personnalité dans l'esprit de ce jeune homme […] ambitieux qui menait une existence exemplaire, sans alcool ni cigarette et ne jurant que par une nourriture saine».

Un mode de vie qui correspond à son activité sportive. Car Mischa Ebner est aussi un athlète confirmé. Depuis quatre ans, il pointe dans le peloton des meilleurs spécialistes du pays des courses militaires. A son palmarès figurent notamment deux victoires dans l'épreuve de Frauenfeld (42 km), l'une des plus dures du genre. En 2001, le soldat a participé à la course militaire de Neuchâtel, terminant au 82e rang. Dans le milieu, l'athlète passe pour un sportif fair-play et bien entraîné, soutenu par son père. Ulrich Dysli, journaliste spécialisé dans ce genre de courses, le confirme dans les colonnes du Blick: «J'ai rarement vu une relation père-fils aussi intime.»

Depuis peu, le Thurgovien avait délaissé ce type de compétitions pour se concentrer sur la course à pied «civile». Il y a quelques semaines, il avait effectué un camp d'entraînement avec son amie à Arosa. Une «amie» que personne ne semble connaître dans son entourage. L'athlète participait sous la bannière de la Stadtturnverein de Berne à des meetings régionaux sur piste. Comme, par exemple, dans la soirée du 3 août à Langenthal, deux jours après les faits. Selon un de ses collègues, il paraissait aussi calme que d'habitude. Une attitude apparemment normale qui ne l'a pas empêché de faire parvenir six plis contenant des effets personnels de sa victime à la police durant les jours qui ont suivi.

Bien que disposant d'aveux, la police cantonale bernoise n'a pas freiné ses investigations. L'arme du crime, un élément essentiel avant de transmettre le dossier à la justice, n'a pas encore été retrouvée. «Une cinquantaine d'enquêteurs continuent de s'afférer», confirme Olivier Cochet, son porte-parole. Le but est aussi de déterminer si l'homme a commis d'autres agressions dans la région avant le 1er août. Un travail qui pourrait prendre plusieurs semaines.