Contrairement au Conseil national, le Conseil des Etats ne veut pas ouvrir le deuxième pilier aux personnes dont le revenu annuel est inférieur à 24 720 francs. Par 19 voix contre 15, il a rejeté une proposition de Christiane Brunner (soc./GE), qui demandait que le seuil soit abaissé à 18 540 francs, comme l'avait décidé le National ce printemps. «Il est difficile pour les petits revenus et pour les personnes qui travaillent à temps partiel, ce qui touche beaucoup de femmes, d'entrer dans la prévoyance professionnelle», justifie la présidente du Parti socialiste suisse. Le refus du Conseil des Etats porte aussi sur la flexibilisation de la déduction de coordination, soit le montant retranché du salaire assuré dans l'AVS pour déterminer celui qui est couvert dans la LPP. Le Conseil national avait opté pour une solution qui fixait cette déduction à 40% du salaire annuel. Sur ces deux points, Christiane Brunner a cependant obtenu l'appui de Ruth Dreifuss, qui a choisi de s'exprimer «à titre individuel», quitte à rompre la collégialité gouvernementale. «Vraisemblablement, la majorité du Conseil fédéral aimerait la solution la plus mince possible. Tel n'est pas mon cas», a-t-elle déclaré.

L'aspect financier a pesé lourd sur la décision des Etats: la révision adoptée par le National coûterait 660 millions aux employeurs et aux salariés. Pour le reste, les sénateurs ont, comme le National, décidé d'abaisser de 7,2% à 6,8% le taux de conversion du capital accumulé en rentes annuelles. La réduction sera progressive, échelonnée sur dix ans. Cette mesure a été décidée afin de tenir compte du rallongement de l'espérance de vie. S'agissant du taux d'intérêt minimal versé sur les rentes, que le Conseil fédéral a décidé d'abaisser à 3,25% dès le 1er janvier 2003, le Conseil des Etats a ajouté dans la LPP l'obligation de le réexaminer tous les deux ans. Le Conseil fédéral garde néanmoins la compétence de le fixer en tenant compte du rendement des obligations de la Confédération et des autres formes de placements tels que les actions, les obligations et l'immobilier. Les règles de transparence imposées aux institutions de prévoyance ont par ailleurs été renforcées.