Carnet de campagne

Léo Tinguely et la tournée des bénichons

A 22 ans, le coprésident de la Jeunesse socialiste fribourgeoise s’est lancé dans la course au National. Une campagne qu’il a véritablement lancée à Ecuvillens, lors de la grande fête populaire de la fin de l’été

Comment font-ils campagne, avec quels moyens, quelle motivation? Alors que les candidats aux élections fédérales n’ont jamais été aussi nombreux, «Le Temps» suit six d’entre eux sur le terrain pour un carnet de campagne.

Les deux premiers portraits

Tracts de la Jeunesse socialiste à la main, Léo Tinguely semble un peu perdu dans la foule compacte qui déambule entre les stands de cuchaules ou de poyas en bois découpé. La traditionnelle bénichon du Pays de Fribourg a fait le plein en ce samedi après-midi ensoleillé. Organisée cette année en Sarine, à Ecuvillens, la manifestation va attirer plus de 25 000 personnes sur l’ensemble de ce deuxième week-end de septembre. Une fête gargantuesque où seront servis 1,7 tonne de jambon, plus de 900 kilos de gigot d’agneau ou encore 7000 meringues, et lieu incontournable en cette année d’élections fédérales.

«Ne pas abandonner la tradition à la droite»

Candidat pour la première fois au Conseil national, sur la liste de la Jeunesse socialiste fribourgeoise (JSF), dont il est le coprésident, Léo Tinguely ne fait pas exception à la règle et passera l’après-midi à Ecuvillens. Comme plusieurs autres politiciens, il a commencé la journée en tractant le matin à l’autre grande bénichon du week-end, celle de Romont. Une «tournée» au cœur d’un électorat qui n’est pas forcément acquis à la gauche. Qu’importe, pour Léo Tinguely, il est important d’être présent. «Nous ne devons pas abandonner les manifestations populaires à la droite», tranche-t-il. Lui-même apprécie cette fête typique de son canton, qui ponctue la fin des travaux des champs, et à laquelle il va participer le lendemain en famille.

Surtout, à Ecuvillens, Léo Tinguely est chez lui. S’il est installé depuis peu en ville de Fribourg, où il étudie la sociologie et le travail social à l’université, le jeune homme de 22 ans a grandi dans le village voisin de Posieux [ndlr: en 2001, Ecuvillens et Posieux ont fusionné pour former la commune d’Hauterive]. Le jeune homme reste également attaché aux traditions. Il joue ainsi de la percussion classique au sein de l’Union instrumentale de Fribourg, une fanfare qui a fêté ses 125 ans d’existence en 2017. «La musique a toujours fait partie de ma vie, la famille de ma mère, professeure au conservatoire, compte de nombreux musiciens», relève Léo Tinguely.

Veillée à la bougie

Au contraire de sa passion de la musique, Léo Tinguely n’a pas hérité celle de la chose publique de ses parents, pas du tout engagés en politique. Son intérêt est cependant précoce et remonte à ses 12 ans. Il date précisément de l’automne 2009 et de la campagne pour la votation populaire contre la construction de minarets. «Quelques jours après l’acceptation de l’initiative, j’ai participé à une veillée à la bougie sur la place Georges-Python en solidarité avec la communauté musulmane. La solennité de ce moment m’a marqué.» Deux ans plus tard, en 2011, il reste «scotché» devant sa TV toute la journée du dimanche des élections fédérales. Il intégrera quelques années plus tard les Jeunesses socialistes, un engagement à gauche qui résonne comme une évidence.

Cet automne, Léo Tinguely ne suivra pas les élections de chez lui derrière son écran, mais répondra plutôt aux interviews face à la caméra. Il sait néanmoins que ses chances de siéger à Berne sont quasi nulles. En 2015, lors du dernier scrutin fédéral, les Jeunes socialistes ont obtenu 1,55% des suffrages. Il s’est porté candidat avant tout pour porter les idées des JSF, qui commencent d’ailleurs à produire des résultats concrets sur le plan cantonal.

Lire aussi:  Surprise: Fribourg plébiscite la transparence politique

Le 4 mars 2018, les Jeunes socialistes ont réussi un véritable coup de force. Contre toute attente, la population fribourgeoise accepte leur initiative cantonale pour la «transparence du financement de la politique» à 68,5% des voix. Un plébiscite. «Quand les résultats des premières communes sont tombés, on n’y croyait pas, on se disait qu’il y avait eu sans doute un mauvais décompte», se souvient Léo Tinguely. L’exploit est de taille. Il s’agissait de la première initiative cantonale lancée par une section jeunesse d’un parti de gauche dans l’histoire du canton. De quoi booster cette première campagne électorale dans laquelle s’est engagé le jeune homme. Pour l’heure, il ne se projette pas sur d’autres scrutins: «Je fais avant tout de la politique militante.»


Que sont devenus ceux de 2015?

Il y a quatre ans, Le Temps avait déjà accompagné dans leur campagne six jeunes candidats. Que sont-ils devenus?

La présentation des six candidats 2015, en textes et vidéos: Six nouvelles voix à l’assaut de la Berne fédérale

Deux élues

Deux d’entre eux, deux femmes, ont été élues au Conseil national. Il s’agit de la Verte genevoise Lisa Mazzone, qui vise aujourd’hui un siège aux Etats, et de la socialiste zurichoise Mattea Meyer, qui brigue un second mandat.

Un candidat à nouveau

Un troisième, le PDC fribourgeois Blaise Fasel, est à nouveau candidat. Il préside actuellement le Conseil général de la Ville de Fribourg.

Trois cadres politiques

Les trois autres ont fait leur chemin dans la politique cantonale. Michaël Dupertuis est devenu secrétaire général des Vert’libéraux vaudois, Grégory Logean dirige le groupe UDC du Valais romand au parlement de Sion et Nicolas Ruedin est devenu président du PLR neuchâtelois. (Y. R.)

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