L’inauguration de la centrale éolienne du Gothard met un peu de baume au cœur de ceux qui promeuvent cette ressource énergétique. Ils viennent en effet d’essuyer un revers le week-end dernier: pour cinq petites voix sur plus de 560 exprimées, la commune de Sonvilier (BE) a rejeté le projet de parc éolien des Quatre Bornes, à cheval sur les cantons de Neuchâtel et de Berne.

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Sept mâts étaient prévus dans le Jura bernois et trois autres sur le territoire de la commune neuchâteloise de Val-de-Ruz. Le promoteur, Groupe E Greenwatt, annonçait dimanche soir qu’il allait analyser la situation pour voir s’il valait la peine de poursuivre le projet uniquement du côté neuchâtelois.

Difficile de maintenir un esprit positif sur la durée

La construction d’éoliennes est un parcours du combattant. Les oppositions pleuvent à chaque fois qu’un bout d’hélice apparaît quelque part sur un plan. Elles émanent d’associations environnementales ou de riverains, voire des deux. Et cette ressource compte d’infatigables détracteurs, qui la considèrent comme du gaspillage financier. «C’est compliqué en Suisse. Les procédures peuvent durer jusqu’à vingt-cinq ans, contre cinq à dix dans les pays voisins», résume Lionel Perret, directeur de Suisse Eole.

«Les projets font souvent l’objet de prévotations positives. Mais il est difficile de maintenir un état d’esprit positif lorsque les projets s’enlisent dans des procédures d’oppositions et de recours. Cela a souvent un effet négatif. C’est dommage», ajoute-t-il.

Craintes pour l’Unesco

Les Quatre Bornes ne sont pas les seules éoliennes à buter sur des obstacles. Les 19 pales du parc prévues à la Montagne de Buttes, sur les hauteurs du Val-de-Travers (NE), ont fait l’objet d’oppositions. Toutes ont été levées. Des recours ont été déposés.

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Idem pour les six capteurs de vent prévus à Sainte-Croix. Et pour l’ensemble des sept mâts envisagé à Crêt-Meuron (NE). Même la ville de La Chaux-de-Fonds, qui craint que les éoliennes ne portent préjudice à son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, et Tourisme Neuchâtelois ont fait opposition.

0,3% des besoins en électricité

Lionel Perret ne désespère toutefois pas. «Nous devons mieux faire comprendre le rôle que joue l’énergie éolienne dans la stratégie énergétique et climatique de la Suisse. Cette énergie fournit les deux tiers de sa production en hiver. A cette période de l’année, les ressources hydrauliques et solaires produisent moins de courant alors que la consommation est élevée. Le développement de la mobilité électrique et des pompes à chaleur augmente par ailleurs la demande en électricité. Il faut bien qu’on la trouve quelque part. C’est donc une ressource importante pour sortir du nucléaire et décarboner la Suisse. Elle fait partie de l’ensemble de briques qu’il faudra entasser pour atteindre ces objectifs», argumente-t-il.

Avec le Gothard, la Suisse comptera 42 mâts, qui couvriront 0,3% des besoins en électricité du pays, selon les chiffres de Suisse Eole. En Autriche, il y en 1300, qui produisent 13% de la consommation nationale.