Isabelle Chassot ne connaît pas de trêve, même lors des vacances scolaires. Hier, la Direction de l'instruction publique, de la culture et du sport (DICS) a envoyé par courrier un rapport sur les méthodes d'évaluation à l'école obligatoire. La question hautement sensible de l'utilisation des notes ou de leur remplacement par des appréciations était bien sûr au centre du débat. Le groupe de travail formé de tous les partenaires de l'école obligatoire n'a pas tranché. Il propose un système mixte de notes et d'appréciation tout au long de la scolarité obligatoire. Ce document va être mis en consultation auprès de 2600 enseignants. La réforme pourrait être introduite progressivement dès l'automne 2005. Léon Gurtner, chef du Service de l'enseignement obligatoire de langue française, en détaille les implications.

Le Temps: Dans quel contexte s'inscrit cette réforme du système d'évaluation?

Léon Gurtner: Le Conseil d'Etat nous a demandé de définir des options pédagogiques claires dans le domaine de l'évaluation pour l'ensemble de la scolarité obligatoire. Cette démarche fait suite au moratoire de 2002 demandé par Isabelle Chassot sur l'introduction du nouveau livret scolaire pour les 5e et 6e primaires. La suppression des notes n'était alors pas conforme au règlement d'application de la loi scolaire. Notre groupe a ainsi tenté de trouver un accord sur un système d'évaluation qui soit clairement identifiable de l'école enfantine au cycle d'orientation.

– Quels sont les points forts de vos propositions?

– Le principe est de mettre en œuvre une évaluation qui conjugue notes et appréciations. Lors des périodes d'apprentissage, nous proposons de privilégier l'évaluation formative. Il s'agit d'une phase dynamique, où des appréciations permettent d'accompagner la progression de l'élève. Lors d'une autre phase, celle de la maîtrise des compétences, des notes viennent vérifier l'acquisition du savoir. Il s'agit alors de l'évaluation sommative, qui est un arrêt sur image. Par souci de clarté, une seule et même échelle d'évaluation sur quatre niveaux serait utilisée. Pour la progression des apprentissages, quatre types d'appréciation sont utilisées pour la maîtrise des compétences. Ce sont des notes qui vont de 3 (insuffisant) à 6. Le mécanisme est complété par des entretiens et la constitution d'un dossier d'apprentissage.

– Mais quand va-t-on utiliser les notes?

– Les deux formes de l'évaluation s'ajustent selon les degrés de la scolarité. Le dosage entre appréciations et notations ne peut être le même pour un deuxième primaire que pour un troisième du cycle d'orientation. La diversité des démarches d'apprentissage ou encore l'évolution de l'enfant, puis de l'adolescent, nécessitent des articulations différentes du couple notes/appréciations, selon les degrés. Ainsi, durant les premiers cycles primaires, les notes n'interviennent qu'à la fin des trois premiers semestres de chaque cycle. Au fur et à mesure de l'avancement dans la scolarité, les périodes centrées sur la maîtrise des compétences, donc notées, s'intensifient. L'ensemble du cursus est ainsi jalonné de bilans intermédiaires, de bilans de fin de cycle ou de bilans de fin d'année. Ces étapes permettent une évaluation différenciée de chaque élève.