L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) n'a pas lésiné. Pour fêter, samedi, son 150e anniversaire, l'Ecole a transformé sa traditionnelle «journée magistrale» – son dies academicus – en «événement magistral». Sans exagération. Une tente de cirque, la ministre française déléguée à la Recherche, Claudie Haigneré, et le président de la Confédération, Pascal Couchepin, en parrains politiques, le skipper d'Alinghi Russell Coutts comme invité surprise, 2900 invités dont les anciens présidents de l'Ecole, des diplomates, des chercheurs et les diplômés 2003 acheminés par 8 bus TL, un beau spectacle conçu pour l'occasion par l'Ecole Atelier Rudra Béjart: au final, une (auto) célébration de trois heures, inédite dans le monde des hautes écoles.

Pour Patrick Aebischer, président, c'était l'occasion de saluer ses prédécesseurs tout en soulignant le «nouvel élan» que prend l'EPFL (Le Temps du 29 mars). Une institution dont l'histoire s'écrit par des «pages glorieuses», assure Claudie Haigneré. Médecin, puis astronaute et à présent ministre, celle-ci a évoqué son parcours en insistant sur le caractère universel de la science, «lieu d'aventure, d'engagement et de création». Membre d'un gouvernement contesté pour avoir réduit certains budgets alloués à la recherche, la ministre, qui a reçu un doctorat honoris causa, a rappelé ses engagements dans la politique spatiale et les nouvelles technologies, tout en invitant les jeunes femmes à investir davantage les filières scientifiques.

La recherche spatiale fera justement l'objet d'une nouvelle chaire, dont la création a été confirmée samedi par les dirigeants de l'EPFL. Claude Nicolier rejoindra le campus à la rentrée 2004 pour y enseigner cette matière. La direction a en outre annoncé le lancement d'un projet qui devra mobiliser l'ensemble de l'Ecole et ses anciens étudiants, la création d'un «learning center», sorte de bibliothèque universelle ou «forum interdisciplinaire d'acquisition des connaissances au profit des générations à venir».

De fait, pour les directeurs de l'EPFL, ces copieuses célébrations devaient remplir au moins deux fonctions. D'abord, rappeler aux politiques la nécessité d'augmenter les ressources de la recherche et des hautes écoles. Le Conseil fédéral a proposé une hausse de 6% par an entre 2004 et 2007, mais la conjoncture l'a contraint à ramener son ambition à 5%. Et la décision reviendra aux Chambres. «Il faut maintenant faire le pas décisif, en un mot: choisir», insiste Patrick Aebischer, pour qui «la mise en œuvre se fait attendre». «Il s'agit d'une dépense prioritaire qui doit être privilégiée lorsqu'on analyse les possibilités et les nécessités d'économies», répond Pascal Couchepin dans un discours peu programmatique. Le ministre avertit: «Et il ne suffit pas de s'en tenir aux généralités. Il faut dire quelles autres tâches peuvent passer au second plan.» Durant son allocution, deux jeunes militants ont lancé une colombe sous le chapiteau, seule allusion à la situation internationale durant cette cérémonie. Ne perdant pas le nord, le conseiller fédéral s'est ensuite offert une digression contre les deux initiatives antinucléaires présentées en votation le 18 mai. Le rapport avec les 150 ans de l'EPFL paraissait pour le moins ténu, mais l'assistance, hilare et bon enfant, n'a pas bronché.

Cette grande fête répondait aussi à l'intention affichée par l'équipe Aebischer de renforcer l'identification des étudiants à l'Ecole. S'inspirant des pratiques des grandes écoles américaines, la direction souhaite renforcer les liens avec les anciens étudiants, les «alumni», avec notamment l'idée que les plus aisés soutiennent certains projets. Cela passe par le développement d'une forte image de marque à l'extérieur comme à l'interne. Sur ce point,

la victoire d'un team Alinghi encadré technologiquement par l'EPFL est une bénédiction, et Russell Coutts, qui a dit vouloir travailler avec davantage de jeunes de l'EPFL pour le prochain Défi, a bénéficié d'une standing ovation de circonstance.

Cet «esprit d'école» s'incarne aussi par une procédure nouvelle, la remise de prix aux meilleurs professeurs par les étudiants eux-mêmes. Visiblement empruntés par cette démarche inédite, Andreas Mortensen, Philippe-André Martin, Bruno Marchand et Jacques Douchet ont ainsi été distingués. Les festivités du 150e anniversaire reprendront du 2 au 4 mai, avec des portes ouvertes publiques qui promettent une forte affluence sur le campus d'Ecublens.