Lors de sa Journée magistrale, l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne rassemble les sommités scientifiques, les relais politiques et les complices industriels auxquels elle tient, ou dont elle a besoin. Mardi, la cérémonie s'enveloppait d'une solennité supplémentaire. C'était la dernière à être menée par Jean-Claude Badoux, président de l'Ecole depuis 1992, qui quittera cette charge à la fin de février 2000.

Celui-ci en a donc profité pour rappeler les points forts de sa direction sous la forme d'une conjecture sur l'EPFL en 2020. Axe principal, la proximité avec les autorités politiques. Le patron du «Poly» a insisté sur le fait que «la formation universitaire de haut niveau sera au cœur des tâches prioritaires des services publics», manière de déplorer l'actuelle «action politique fondée sur un court terme… toujours plus court», une allusion discrète aux coupes budgétaires imposées à l'école ces dernières années. Pour sa démonstration, Jean-Claude Badoux fait observer que la Suisse devra former davantage d'ingénieurs tandis que l'évolution démographique restreindra le réservoir d'élèves motivés par l'ingénierie. Ces jeunes auront à faire face à des défis éthiques bien plus nombreux qu'aujourd'hui, et surtout, ils devront multiplier les interactions entre la recherche et les industries en raison d'une plus forte compétition. Ce qui rappelle les initiatives déjà prises pour les transferts de technologies ou le partage des tâches avec les universités de Lausanne et Genève, «ce choc triangulaire» qui aura donné une «impulsion déterminante».

Comme pour souligner la thèse, deux des trois récipiendaires du doctorat honoris causa gravitent dans les sphères économiques. Outre René Berger, créateur de l'un des plus grands sites Internet dédié à l'art, le titre va au fondateur du World Economic Forum de Davos Klaus Schwab, et à l'ancien directeur de recherche chez Sulzer Hans Beutler. Enfin, la conseillère nationale Christiane Langenberger s'est elle aussi fendue d'un éloge de «l'esprit d'entreprise», qu'elle décèle aussi bien chez l'aérostier Bertrand Piccard, le président sud-africain Nelson Mandela, le patron de Logitech Daniel Borel ou l'ancien président français François Mitterrand.

N. Du.