Inhabituel. C'est le mot employé par Patrick Aebischer, président de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), et par Pascal Couchepin, chef du Département fédéral de l'intérieur, chargé de la formation et de la recherche, lors de l'inauguration du Bâtiment des communications, dernier né sur le site de l'EPFL. Inhabituel, en effet, pour un conseiller fédéral, de se déplacer pour une telle occasion. Sauf que l'événement survient alors que se déroule aux Chambres un débat délicat sur le transfert de la Confédération aux Ecoles polytechniques des terrains et des bâtiments qu'elles occupent. Une manière d'alléger les finances fédérales et d'augmenter l'autonomie des EPF, notamment par rapport au contrôle parlementaire.

Dans le programme de construction de l'Ecole, le Bâtiment des communications précède l'extension des installations dévolues aux biosciences, puis le démarrage du chantier du Learning Center. Expression de l'ambition de l'institution et de son essor, cette inauguration constitue un événement d'autant plus gratifiant que l'opération a été rondement menée: l'édifice, devisé à 57 millions de francs, n'a coûté, en définitive, que 45 millions, 20% moins cher que prévu. Prouesse que ne se lassent pas de souligner les différents responsables: Francis-Luc Perret, vice-président de l'Ecole pour la planification et la logistique, l'entreprise générale HRS, de Crissier, et surtout l'architecte Rodolphe Luscher, ainsi que sa collaboratrice, Joëlle Schumann, chef du projet.

Si les coûts ont été exemplairement maîtrisés, l'architecture n'en a aucunement pâti. Elégante et transparente, légère et affirmée, elle porte la patte de l'architecte. Rodolphe Luscher, 64 ans, Zurichois établi à Lausanne, pilote depuis 1971 l'un des bureaux les plus en vue et prolifiques de Suisse romande. Familier du terrain – le bâtiment des radiocommunications-Telecom PTT qu'il a construit en 1996 juste à l'entrée du site est devenu le phare et le repère de l'EPFL –, il y a pris place à nouveau et à sa manière, faite de vivacité, de dynamisme et d'énergie. «Un bâtiment doit être vécu», affirme-t-il, en citant le metteur en scène Peter Brook: «On ne doit jamais créer des espaces neutres mais des espaces vides; parce que c'est le vide qui accueille la vie.»

Le Bâtiment des communications répond à ce principe; ses utilisateurs qui, avec force écrans et maquettes lumineuses, occupent les nombreux espaces ouverts aux échanges et aux travaux collectifs, y trouvent visiblement leur compte. Ils disposent d'un vaste atrium central allongé, couvert d'une verrière translucide; un escalier hélicoïdal, qui se déroule en ovale, conduit à trois étages de bureaux et laboratoires, puis à l'attique, où sont aménagés l'espace forum-multimédias, la cafétéria, la terrasse avec vue exceptionnelle sur le lac. Une toiture aérienne recouverte d'aluminium coiffe le tout. Amples vitrages à l'intérieur, donnant sur l'atrium, transparences beaucoup plus filtrées, à l'extérieur, le nouvel édifice répond avec une sûreté discrète aux exigences de la haute technologie qui l'occupe.

A l'évocation du défi que représente cette réalisation, Rodolphe Luscher hausse les épaules. Lui qui a fait ses premières armes à l'Expo de 64 et qui a présidé le concours pour les arteplages d'Expo.02 est un habitué des sauts technologiques: «Ce qui me porte, c'est précisément le souffle de l'innovation.» Et il précise: «L'architecture relève à la fois de la technologie et de la poésie.» A l'intérieur du Bâtiment des communications, un habile jeu chromatique dû au plasticien Jean-François Reymond agit en révélateur des matériaux et des formes. Et face au parvis d'entrée, cinq hautes stèles, exécutées par le sculpteur catalan Carles Valverde, se dressent comme autant de balises et de signes emblématiques.