Formation

A l'EPFL, les trois grands chantiers de Martin Vetterli

Le futur président de l’EPFL prendra ses fonctions dans un environnement difficile. La tension Suisse-UE, qu’il a dû aborder à la tête du Fonds national, va l’occuper d’emblée

Sans conteste, Martin Vetterli va accéder à la présidence de l’EPFL, en janvier 2017, à un moment difficile. Le flamboiement des années 2000, pendant lesquelles l’argent fédéral coulait presque à flot sur le campus, va paraître lointain. Le nouveau président devra relever un grand nombre de défis, à commencer par la succession personnelle elle-même; il est difficile de venir après une bête de scène comme Patrick Aebischer. Voici sans doute les trois chantiers les plus béants.

Lire aussi l’interview de Martin Vetterli: «L’EPFL doit être en osmose avec le monde réel»

■ La crise avec l’UE

Si le Conseil des EPF, et le Conseil fédéral, ont choisi aussi vite, c’est que la personnalité de Martin Vetterli ainsi que ses dernières activités, ont convaincu. Au lendemain du 9 février 2014, la crise est ouverte entre la Suisse et l’UE à propos de la libre circulation. Alors que chez Johann Schneider Ammann, le secrétariat d’Etat à la formation, la recherche et l’innovation, traîne les pieds, le Fonds national de la recherche scientifique, que préside Martin Vetterli, fait front. Il prend des mesures immédiates pour compenser les concours européens, dont les Suisses sont exclus, et donne au Conseil fédéral les lignes directrices pour parer au plus pressé.

Il arrivera à la tête de l’EPFL auréolé par ces démarches salutaires. Mais alors que les tensions croissent entre Berne et Bruxelles, l’EPFL va vivre de durs moments. Il semble exclu que les Suisses puissent rejoindre rapidement les programmes européens. Du plus gros, le Human Brain Project, au plus petit mandat, l’EPFL est dépendante des fonds de l’UE plus que toutes les autres universités suisses: un quart de ses recettes acquises par des concours scientifiques viennent de l’UE. Le futur patron aura fort à faire sur la scène nationale comme en matière de lobbying à Bruxelles.

■ Une vitesse de croisière pour le campus

Les années Aebischer ont été un peu dingues. De 2000 à 2016, les effectifs sont passés de 3800 à 7800 étudiants, de 700 à 2000 doctorants. Le nombre de professeur n’a pas crû en une telle proportion, mais le nombre d’assistants et de collaborateurs de recherche a explosé. Le budget a gonflé de 391 millions de francs à 684 millions.

Lire aussi: Les années Aebischer en cinq dates

Le campus s’est étendu dans toutes les directions, au nord avec le centre de congrès, au sud avec les logements, le parc de l’innovation et le Learning Center. Des investissements cofinancés avec le secteur privé, mais qui génèrent des frais d’entretien coûteux.

A 58 ans, Martin Vetterli sera assurément un président de plus court mandat que les précédents – Maurice Cosandey avait régné 15 ans, Benard Vittoz, 14, Jean-Claude Badoux, huit, et Patrick Aebischer aura trôné 16 ans. Tout indique que Martin Vetterli a pour mandat de stabiliser l’institution, de lui donner une vitesse de croisière moins rapide que cette dernière grosse décennie. Sans coup d’arrêt pour autant; le manque de personnel qualifié dans l’ingénierie, entre autres, se fait sentir toujours plus fortement. Et les EPF devront peut-être relever le défi de la formation médicale: face à la pénurie, elles pourraient ouvrir des filières.

Voir: Notre infographie interactive du campus en chantier

■ Un paysage national chamboulé

Les règles nationales qui encadrent les hautes écoles ont récemment changé, et la conférence nationale politique a enflé, comprenant désormais tous les cantons pour certains thèmes. Si les présidents successifs de l’EPFZ sont souvent restés prudents sur la scène nationale, Patrick Aebischer n’a pas manqué de s’exprimer.

A l’heure où le Conseil fédéral annonce, pour la première fois depuis 20 ans, des coupes dans les budgets de la formation et la recherche, les relations entre universités risquent de se tendre. D’abord formé à l’EPFZ, Martin Vetterli dispose de quelques atouts pour éviter le retour des crispations entre Zurich et Lausanne. Son envergure internationale lui sera aussi utile. Qu’il apprécie ou non l’exercice, il devra prendre position au nom d’un secteur devenu important pour le pays. Il a commencé mercredi, évoquant les difficultés avec l’UE dans la perspective du vote à propos de l’initiative sur les renvois.

Lire aussi notre éditorial: Président de l’EPFL, un métier politique

Publicité