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L'EPFZ licencie une professeure pour tyrannie

Une professeure d'astronomie est accusée de mobbing à l'égard de ses doctorants. L'Ecole fait son mea culpa, admettant avoir sa part de responsabilité

L'EPFZ exige le licenciement d'une professeure de l'ancien Institut d'astronomie, accusée d'avoir tyrannisé des doctorants durant dix ans. Une série de mesures sera prise afin d'éviter le recours à de telles décisions «extrêmes» à l'avenir.

L'Ecole polytechnique zurichoise (EPFZ) vient de demander au Conseil des EPF la révocation de la professeure concernée, a communiqué jeudi l'institution. Cette décision a été prise en dépit du fait que la commission chargée de statuer sur ce cas a conclu qu'un licenciement n'était pas entièrement justifié du point de vue juridique.

La commission rappelle notamment que l'enseignante n'a été avertie que tardivement et qu'elle n'a pu, de ce fait, adapter son comportement. Elle note cependant que les reproches contenus dans le rapport d'enquête administrative, dont les conclusions ont été rendues en octobre dernier, sont en grande partie exacts.

L'affaire était évoquée dans notre interview du nouveau président de l'EPFZ, Joël Mesot, en janvier 2019.

Un comportement «inacceptable», et sans aucun regret

Ainsi, le comportement de la professeure est jugé «inacceptable» compte tenu de la forte dépendance des doctorants. En outre, elle ne manifeste «aucun regret permettant de conclure qu'elle a compris que son comportement était incorrect». La commission estime donc qu'elle doit être étroitement supervisée et qu'elle ne devrait plus être autorisée à encadrer des doctorants, un délai minimal d'interdiction de deux ans s'imposant en tout état de cause.

L'EPFZ avait déjà annoncé en octobre dernier avoir lancé le processus de licenciement, suite aux résultats de l'enquête administrative concluant à un «comportement grave et déloyal sur une longue période». Une autre enquête, ouverte pour soupçon de comportement fautif dans le domaine de la recherche, n'a elle pas mis au jour de comportement répréhensible.

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L'Institut a été dissous

C'est la NZZ am Sonntag qui avait rendu l'affaire publique en octobre 2017, parlant de «mobbing». Suite à ces révélations, l'Institut d'astronomie de l'EPFZ a été dissous. La professeure et son mari, qui l'avaient créé et le dirigeaient ensemble, avaient été mis en congé sabbatique.

Il y a eu d'autres affaires

D'autres affaires ont ensuite secoué l'EPFZ. En mai 2018, l'école a été confrontée à de nouveaux reproches de mobbing contre des professeurs et professeures. Fin janvier, on apprenait qu'un professeur avait enfreint le code de conduite de l'école et qu'il n'avait pas maintenu une limite adéquate entre ses relations personnelles et professionnelles, sans plus de détails.

Lors d'une conférence de presse organisée jeudi à Zurich, le président de l'EPFZ, Joël Mesot, a dit regretter que l'école ait connu dans le passé des cas d'abus de pouvoir. «Au nom de l'EPFZ, je tiens à m'excuser auprès de tous ceux qui ont subi un traitement répréhensible de la part de leurs supérieurs», a-t-il déclaré.

Des erreurs commises par l'institution elle-même

Joël Mesot a souligné qu'il ne fallait pas réduire ces cas à de simples abus de la part de certains professeurs. L'EPFZ a aussi commis des erreurs en tant qu'institution. Face à des informations concrètes, les mécanismes d'escalade n'ont pas toujours fonctionné de façon optimale.

C'est pourquoi les structures et les processus vont être adaptés. Une priorité absolue est accordée aux mesures qui s'imposent dans les domaines de la prévention et de l'encadrement ainsi qu'au traitement concret des situations de conflit. L'encadrement des doctorants bénéficiera d'une attention particulière. Ils devront être pris en charge dorénavant par au moins deux personnes.

Processus de nomination participatif

En cas de doute sur les capacités à encadrer, des informations complémentaires ou des références peuvent désormais être demandées. De plus, le corps intermédiaire et les étudiants participeront davantage au processus de nomination, par le biais d'enquêtes par panel.

Pour améliorer la gestion des conflits, l'effectif du bureau de médiation est passé de deux à trois personnes. Le traitement des signalements et des plaintes sera restructuré et accéléré jusqu'à l'été 2019. La gestion des cas sera progressivement confiée à une équipe spécialisée.


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