C'est en 44 avant J.-C., l'année de l'assassinat de César, que Lucius Munatius Plancus fonde la colonie romaine d'Augusta Raurica. La région est peuplée de Rauraques, une tribu celte qui occupe la zone méridionale du Rhin supérieur, entre Fribourg-en-Brisgau et les crêtes du Jura. Depuis la défaite des Helvètes en l'an 58 près de Bibracte, lors de la guerre des Gaules, les Rauraques sont sous la coupe de Rome.

La construction d'Augusta Raurica ne commence réellement qu'en 15 av. J.-C., à l'époque de la campagne des Alpes menée par Auguste, fils adoptif et petit-neveu de César. Les premiers habitants sont pour la plupart des indigènes rauraques romanisés et quelques vétérans de l'armée romaine. Les maisons de l'époque sont en bois, les rues tracées selon un quadrillage perpendiculaire, sans canalisations. Il y a là un forum, un petit temple mais pas de théâtre.

Au début du Ier siècle, l'Empire connaît un développement économique fulgurant. Augusta Raurica, rattachée à la grande province de Gaule Belgique, devient un avant-poste de l'Empire contre les barbares du Nord. La ville basse est transformée en camp militaire. Le camp de légionnaires de Vindonissa (aujourd'hui Windisch), à 40 km d'Augst, est toutefois beaucoup plus important. Vers la moitié du Ier siècle, les Romains s'étendent plus au nord et Augusta Raurica perd son statut de ville frontière. Son commerce devient prospère grâce à sa situation au bord du cours navigable du Rhin. A partir de 50 ap. J.-C. (sous Néron et Vespasien), Augusta Raurica connaît un boom immobilier. Les quartiers d'habitation et le centre-ville sont reconstruits en pierre, le forum est rénové, une basilique et la Curie sont édifiées. Le premier théâtre scénique et le temple du Schönbühl, dont l'escalier monumental est encore visible aujourd'hui, voient le jour. Augusta Raurica, désormais rattachée à la province de Germanie supérieure, vit alors son âge d'or et devient un centre culturel et commercial entre l'Alsace supérieure et le lac de Constance. Elle se trouve à un croisement de routes important entre le nord et le sud – qui passe aussi par Avenches – ainsi qu'entre l'est (Rhétie) et l'ouest (la Gaule).

A la fin du Ier siècle, la colonie atteint son extension maximale. La population est estimée à 20 000 habitants. Les artisans (potiers, bronziers et verriers) sont concentrés dans la ville basse, au bord du Rhin, alors que la ville haute abrite le théâtre, le forum et les thermes centraux.

Mais cette période dorée s'achève dramatiquement vers l'an 240. Un tremblement de terre détruit la ville, qui n'est pas reconstruite. La crise de Rome s'étend alors à tout l'Empire. Les Germains en profitent pour fondre sur la zone du Rhin. Augusta Raurica se trouve à nouveau à la frontière. Vers 273-275, des combats s'y déroulent, la ville est dévastée. En hâte, une fortification est élevée sur une colline. Vers 320, la garnison et les habitants l'abandonnent et s'installent dans le Castrum Rauracense, nouvellement construit, à l'emplacement de l'actuel Kaiseraugst, qui dispose de murs massifs et de thermes. La ville basse est encore en partie habitée, puis complètement abandonnée. En 352, le Castrum est partiellement détruit par les Alamans. Les fortifications sont remises en état et une communauté chrétienne édifie un baptistère. Au Ve siècle, les Francs assoient leur domination sur le Rhin supérieur. Du Ve au VIIe siècle, la population vit entre les remparts du Castrum dans des huttes de bois. Vers 610, des documents attestent de la présence d'un évêque d'Augst, également évêque de Bâle. Le transfert de l'évêché d'Augst à Bâle, avant l'an 800, marquera le début du déclin de la cité.

E. B.