L’épouse du gérant de fortune a bien cru mourir lors de l’agression

Genève Entendue au procès de l’improbable quatuor, la victime se remet de son traumatisme. Le pire a été d’apprendre le rôle du mari

Devant la justice

Une retenue toute britannique. Nathalie, celle que son mari voulait faire éliminer, s’est présentée droite et forte au procès du quatuor accusé d’avoir fomenté un assassinat manqué. Depuis cette nuit de février 2012 où elle a bien cru mourir entre les mains d’un colosse venu du Kosovo, la frêle mais coriace quadragénaire en est convaincue: «On a besoin de chance dans la vie et quand on l’a, il faut aller de l’avant.»

C’est apparemment ce qu’elle fait depuis cette agression. «Le choc le plus important pour moi a été d’apprendre l’incarcération de mon mari.» Jamais elle n’avait imaginé qu’il puisse lui faire du mal. Depuis lors, elle s’est installée au Brésil avec les deux enfants du couple – ils ont 12 et 13 ans – ainsi que son compagnon de l’époque. Un professeur de tennis.

Elle en est convaincue et veut le dire à son ex-époux droit dans les yeux pour qu’il comprenne vraiment le message et cesse de vouloir prendre contact: «Les enfants vont bien et c’est important de les laisser en paix. Ils ont besoin de garder une distance. Ce n’est pas contre toi, c’est pour leur reconstruction et pour la mienne.» Plus tard, ils seront peut-être prêts à renouer une relation. Le financier acquiesce. Il n’en mène visiblement pas large face à la détermination de ce petit bout de femme qui sait aussi user de théâtralité.

La convoitise

Pas un émoi, ni même un tremblement lorsqu’elle évoque la suffocation, l’évanouissement et la conviction que la volonté de tuer rôde. Avec la même mécanique, elle racontera les difficultés de leur séparation. Ce n’était pas les enfants, qu’il aurait pu continuer à voir sans problème. «Il n’a jamais été question de te faire souffrir avec eux et tu le sais», dit-elle encore, sévère, à l’adresse du prévenu.

L’argent a, par contre, été source de tension au moment de négocier une convention de divorce. Nathalie ne voulait pas partager son compte en banque personnel – garni de plus de 5 millions de francs – ni ses participations dans une nouvelle société. «J’estimais que notre fortune immobilière commune, non négligeable, était suffisante. Je voulais retrouver ma liberté et j’estimais que le fruit de mon labeur devait me revenir. Ce d’autant plus que je ne demandais aucune pension pour moi ou pour les enfants.» Elle dit avoir essayé de convaincre son mari. «Je me suis retrouvée face à un mur.»

Jusqu’à ce jour de février, peu avant l’agression, où le gérant de fortune accepte soudain ces conditions alors qu’il était dans son droit et qu’un passage devant le juge civil lui aurait sans doute assuré sa part, évaluée à quelque 10 millions de francs. Avec les conditions posées par Nathalie, c’était 5 millions de moins. Et avec le décès de cette dernière, c’était en gros 5 millions de plus. Sauf disposition testamentaire spéciale.

Entendue comme témoin de moralité, la toute première épouse du financier dit avoir vécu une séparation rapide et tranquille. «On n’avait pas grand-chose au moment de divorcer et il m’a laissé l’essentiel.» Aucun drame ne lui revient en mémoire. Pas même les tourments d’un fils pourtant évoqués par le père pour expliquer sa résistance ultérieure au divorce d’avec sa seconde épouse et son refus de peiner ses enfants, quitte à faire disparaître leur mère. Des thèmes qui seront largement abordés la semaine prochaine à l’heure des plaidoiries.