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L'éprouvante bataille pour l'égalité salariale

Durant sa carrière, une femme gagne 300 000 francs de moins qu’un homme. Elles seront nombreuses à clamer leur colère le 22 septembre à Berne, deux jours avant un vote au Conseil national sur un projet de loi jugé minimaliste

Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive», qui vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires.

Nous cherchons des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus intelligentes, qui contribuent à mieux répartir ce qu'elles génèrent entre toutes les parties concernées. 

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La Suisse va-t-elle enfin accoucher d’une loi sur l’égalité des salaires? Tout se jouera le 24 septembre prochain au Conseil national. Mais une bonne quarantaine d’associations, sous l’impulsion des syndicats, comptent d’abord faire parler la rue deux jours plus tôt. Elles espèrent réunir au moins 10 000 personnes sur la place Fédérale.

Unia a appelé le parlement à «mettre fin au scandale que sont des inégalités indignes d’une démocratie et d’un Etat de droit». Il a sorti de nouveaux chiffres, calculés par le bureau d’études de politique du travail et de politique sociale BASS. Selon ce dernier, chaque femme perdrait 300 000 francs tout au long de sa vie.

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Palabres et promesses non tenues

Les femmes devront-elles se laisser pousser la barbe pour parvenir à l’égalité? Le 11 septembre dernier, même une touche d’humour ne parvenait pas à masquer la colère des syndicalistes d’Unia lors d’une action sur la place Fédérale. L’égalité est un principe ancré dans la Constitution depuis trente-sept ans. Mais depuis, que de palabres et de promesses non tenues!

Le 22 septembre prochain, les organisateurs de la manifestation, qui ont prévu un cortège au centre-ville, comptent mettre la pression sur le Conseil national, une Chambre désormais moins progressiste que celle des Etats. A eux seuls, l’UDC et le PLR, qui rejettent massivement le projet, y détiennent 101 des 200 sièges.

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Une affaire de solidarité féminine

La quarantaine de partis, syndicats et associations qui ont pris l’initiative de cette manifestation représentent un assez large spectre politique de la gauche au centre droit. «Nous voulons démontrer qu’il y a une solidarité entre femmes et que l’égalité n’est pas une question gauche-droite», déclare la présidente des femmes PDC Babette Sigg. Un combat qui concerne d’ailleurs aussi les hommes: l’association Männer.ch sera présente à Berne.

Les chiffres dévoilés par Unia révoltent Corinne Schärer, membre du comité directeur du syndicat. «Au total, les femmes se vont voler près de 10 milliards par an. C’est monstrueux!»

Le 29 mai dernier, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a arraché au Conseil des Etats un projet réduit à sa portion congrue, dénué de toute sanction contre les employeurs chez lesquels on décèlerait des inégalités: toutes les entreprises de 100 collaborateurs au moins seront tenues d’analyser leur politique salariale tous les quatre ans et d’en informer leur personnel. Un projet si minimaliste qu’il a donné lieu à une scène surréaliste. Un PLR, le Neuchâtelois Raphaël Comte, a reproché à la magistrate socialiste de ne pas aller assez loin: «On ne traite pas un cancer avec une aspirine», a-t-il déploré.

Une chronique: De l’égalité salariale

Les femmes PLR arbitres du débat

C’est donc ce «compromis du compromis», comme l’avouent les indécrottables pragmatiques, qui arrive désormais au Conseil national lors de cette session. Les pessimistes craignent le pire, compte tenu de l’opposition annoncée par l’UDC et le PLR. Sous la Coupole, aucune des femmes de droite contactées par Le Temps n’a l’intention de participer à la manifestation, même celles qui partagent la cause de l’égalité. Les défilés et les calicots, ce n’est pas le genre de la maison. «Notre devoir est de travailler ici au parlement», soulignent Rosmarie Quadranti, cheffe du groupe PBD, et Andrea Gmür (PDC/LU).

Si le vote final s’annonce très serré, le pire n’est pas sûr pour les femmes, à en croire Isabelle Moret (PLR/VD). «Nous les femmes PLR nous sommes battues pour le compromis qui a été adopté au Conseil des Etats. Nous y sommes donc favorables», remarque la Vaudoise. Ce sont elles qui ont diminué le nombre d’entreprises contrôlées en ne prenant en compte que celles de plus de 100 collaborateurs, au lieu de 50 comme le voulait Simonetta Sommaruga. Ce sont aussi elles qui ont introduit une «clause du coucher de soleil» (sunset clause).

Que de romantisme pour indiquer que la loi s’éteindra au bout de douze ans. Une manière d’édulcorer encore davantage la loi, mais qui pourrait s’avérer décisive: «J’espère qu’une petite dizaine de PLR soutiendront le projet», pronostique Isabelle Moret.

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