Genève

L’errance sans fin des mineurs non accompagnés

Des migrants mineurs livrés à eux-mêmes par manque de courage des autorités? Des jeunes de passage qui ne cherchent pas à s’intégrer? Deux visions s’affrontent dans le débat sur la prise en charge des MNA. Le quotidien de ces jeunes révèle une réalité plus complexe qui dépasse les frontières genevoises

«La bouffe, le lit, c’est bien. Mais la vie ce n’est pas que ça», souffle, dépité, celui que nous appellerons Ahmed*. Arrivé à Genève il y a bientôt deux ans, le jeune homme a quitté son pays natal quand il avait à peine 14 ans. «Je suis orphelin et je n’avais pas d’avenir en Algérie», justifie-t-il en baissant les yeux. Ici, il se sent en sécurité. Partir encore? Hors de question. «Pourquoi? Pour tout recommencer?» rétorque-t-il. Puis son regard s’assombrit, il prend son menton entre ses mains, et poursuit: «J’ai déjà 17 ans et je n’ai pas de formation, pas de statut. Que va-t-il se passer quand j’en aurai 18?» Cette question, Ahmed n’est pas le seul à se la poser.

Depuis novembre 2018, plus de 180 mineurs non accompagnés (MNA) sont passés par Genève. Ils étaient 21 fin juillet, selon les statistiques du Service de protection des mineurs (SPMI). Principalement des jeunes originaires du Maghreb, mais aussi du Pérou, de Moldavie ou encore de Côte d'Ivoire, qui ont souvent un douloureux parcours migratoire derrière eux. Leurs pays étant considérés comme sûrs, ils ne peuvent pas prétendre à l’asile. Leur quotidien d’errance ressemble à la quadrature du cercle, entre structures d’accueil inappropriées et attentes disproportionnées. Un nouveau lieu d’hébergement prévu fin septembre ravive l’espoir d’une intégration possible.