Depuis quatre ans, vingt-quatre hommes et femmes des deux Juras s'installent cinq ou six fois par année à la même table pour tenter de résoudre la question jurassienne. Formée sur l'initiative de la Confédération, du canton de Berne et de celui du Jura, l'Assemblée interjurassienne (AIJ) commence tout juste à parler du fond du problème. De l'avis de son président, le Vaudois Jean-François Leuba, il faudra encore du temps pour qu'elle parvienne à un résultat concret. Mais désormais, tous les espoirs sont permis.

«Suiveurs plutôt que leaders»

D'abord parce que la décrispation des fronts crée un nouveau climat de discussion au sein de l'AIJ: les autonomistes ont en effet renoncé momentanément à l'idée de réunification des deux Juras et les antiséparatistes craignent désormais le statu quo. Ensuite parce que le Gouvernement bernois vient de prendre sans grand bruit une décision qui pourrait faire sauter un verrou: la délégation bernoise ne sera plus uniquement formée des députés du Jura bernois élus au Grand Conseil. Les noms qui sortiront des urnes le 19 avril prochain, lors des élections cantonales, ne seront plus d'office les représentants de Berne à l'AIJ. Une brèche avait déjà été ouverte avec le remplacement de deux députés démissionnaires par des représentants non élus au Grand Conseil.

Pour expliquer la décision, le conseiller-exécutif chargé des affaires jurassiennes, Mario Annoni, évoque aujourd'hui la démotivation de certains membres et la surcharge de travail des députés: non seulement ils sont appelés à siéger au Grand Conseil et à l'Assemblée interjurassienne, mais se sont également eux qui représentent le Jura bernois au Conseil régional, organe de consultation des francophones du canton. Le problème de disponibilité avait déjà été soulevé par l'Assemblée interjurassienne dans son premier rapport d'activité en 1996. Mais Mario Annoni avait alors réfuté l'argument.

Il y a quatre ans, les délégations avaient été composées de façon très différentes: le Jura avait choisi des personnalités issues de milieux divers, de la culture à l'économie. Leur fonction politique n'avait pas été un critère. Côté bernois, le gouvernement avait désigné en bloc les députés provenant de la région, autonomistes et antiséparatistes. Le souci avait été de former une délégation légitimée par le scrutin populaire. Mais, de l'avis de la délégation jurassienne, la solution s'est vite révélée être un frein aux travaux: «Le souci principal des députés, c'est d'être réélu. Ce sont des suiveurs plutôt que des leaders», juge Joseph Voyame, le chef de la délégation jurassienne.

Autre reproche: à l'intérieur même de la délégation bernoise, les opinions étaient trop souvent divergentes. Les autonomistes reprochent aux antiséparatistes de n'être «pas assez libres face aux idées du gouvernement bernois», comme le dit le député Jean-Pierre Aellen. Selon le texte d'une interpellation qu'il vient de déposer, des séances de préparation à l'AIJ pour les membres antiséparatistes sont convoqués par les services centraux de la chancellerie. «Ces rencontres sont dues à l'initiative des personnes concernées», lui a répondu le gouvernement bernois.

A trois semaines des élections cantonales, l'Assemblée interjurassienne pourrait bien siéger aujourd'hui pour la dernière fois dans sa configuration actuelle. Mais Berne n'a pas encore désigné sa nouvelle délégation. Une partie des députés restera probablement dans la course, comme l'UDC Claude-Alain Voiblet. Mais d'autres têtes émergeront, comme celle du maire séparatiste de Moutier, Maxime Zuber, dont la candidature à l'AIJ a été officiellement acceptée par Mario Annoni. L'industriel Walter von Kaenel, entré il y a peu, restera probablement lui aussi en lice.

Une nouvelle force

Mais pour faire son choix, le gouvernement bernois devra tenir compte d'un nouveau groupe de militants, ni autonomistes, ni antiséparatistes, dont le premier souci est de donner plus de pouvoirs à la région du Jura bernois. Suivant leurs résultats aux prochaines élections, les membres du groupe «Avenir» (plus de deux cents adhérents actuellement) pourraient bien être la nouvelle cheville ouvrière de l'Assemblée interjurassienne.