Il devrait avoir envie de sabler le champagne, Claude Lässer! Pour la troisième année consécutive, les comptes de l'Etat de Fribourg sont positifs. Affichant un excédent de revenus du compte de fonctionnement de 45,7 millions de francs – soit une amélioration de près de 76 millions de francs par rapport au budget 2004.

Pourtant, Le chef des Finances fribourgeoises se garde bien de pavoiser. Et c'est avec un air plutôt sérieux – voire grave – que le grand argentier cantonal a livré hier une analyse détaillée de la situation. «Le rythme très rapide de l'évolution des charges, les perspectives financières annoncées par le plan financier actualisé et les conséquences de plus en plus lourdes de la démographie et du vieillissement sur le budget de l'Etat sont autant de raisons qui doivent nous inciter à ne pas céder à la facilité et à maintenir le cap d'une gestion rigoureuse. En aucun cas, il ne s'agit de baisser la garde», a-t-il ainsi fait remarquer. Et de s'inquiéter devant l'évolution conjoncturelle globale en Suisse – «qui me fait souci» –, d'autant plus que celle-ci est couplée aux effets de rabais fiscaux en prévision et à d'éventuelles augmentations des prestations dans le domaine de la santé.

Compréhensible, la retenue du directeur des Finances ne risque pas moins de faire jaser ses homologues romands, confrontés à des déficits en spirale. Et quand le ministre radical met le doigt sur l'évolution soutenue des charges (2,410 milliards de francs), supérieures de 82,3 millions de francs à ce qui avait été budgétisé, il les ferait presque sourire… Affichant 2,455 milliards, les revenus, eux, dépassent les prévisions de 158 millions de francs. L'amélioration du résultat du compte de fonctionnement se chiffrant ainsi à près de 76 millions de francs.

Selon Claude Lässer, cette situation favorable est d'abord le fruit d'un accroissement des rentrées fiscales, découlant du passage annuel à la taxation physique, et de recettes plus importantes que prévu dans la plupart des «impôts conjoncturels». Elle résulte également de divers encaissements exceptionnels au titre de succession (pour plus de 20 millions de francs).

Dans le détail, les impôts sur le revenu et la fortune rapportent 856,5 millions de francs à l'Etat fribourgeois, en hausse de 6,6% par rapport à 2003. Autres sources d'alimentation du Trésor public: les «émoluments, revenus des biens, dédommagements» (750 millions de francs), les subventions (625 millions), ainsi que les parts à des recettes (177,8 millions). Au total, les revenus du compte de fonctionnement augmentent de 5,7%.

Côté charges, l'Instruction publique se taille, comme à l'accoutumée, la part du lion: sur 1000 francs d'impôts payés, 425 vont à la formation. Suivent les dépenses liées à la santé (14,1%). Le poste «charges de personnel» (997,4 millions de francs) est inférieur de 1,2 million de francs (–0,1%) au budget 2004. Quant aux investissements nets, ils s'élèvent à 94 millions de francs, soit 5,9% de moins que ce qui avait été budgétisé. Par rapport aux comptes 2003, les charges de fonctionnement progressent de 6,7%, contre 6,4% en 2002 et 2003.

Conséquence de ce feu d'artifice comptable: l'Etat de Fribourg rend ce qu'il doit à autrui. En 2004, il s'est même permis de dégager une marge d'autofinancement de 141,6 millions de francs. Le degré d'autofinancement est ainsi supérieur à 150%, ce qui signifie que le canton de Fribourg n'a – et de loin – pas eu besoin de recourir à l'emprunt pour financer ses dépenses d'investissement. Mieux, il rembourse sa dette, celle-ci n'atteignant désormais plus «que» 824 millions de francs, contre 921 millions de francs en 2003. Soit 3300 francs par habitant en 2004, contre 3740 en 2003 ou 4760 en 1997.

Quand on sait que la part fribourgeoise de l'or de la BNS se monte à 757 millions de francs, on en vient presque à imaginer, bientôt, un canton vierge de toute créance – étant donné que le gouvernement, soutenu par les radicaux et l'UDC, entend bien engloutir intégralement cette manne fédérale pour boucher le trou de la dette. A moins que cet argent tombé du ciel ne soit finalement affecté à un autre usage, comme le demandent par exemple les socialistes. Mais cela, c'est une autre histoire.