Le répit aura été de courte durée. Alors que l'accord signé en juin 1999 avec la fonction publique était censé apporter au gouvernement, pour deux ans encore, une pause sur le front syndical, il doit faire face à une nouvelle fronde. Et c'est pourtant en accordant une augmentation de salaire qu'il a mis le feu aux poudres!

L'affaire débute en décembre dernier. Quelques jours avant que le Grand Conseil ne vote le budget, le gouvernement genevois a, sous la forme d'une simple directive, accordé une augmentation générale de 2% à tous ses cadres supérieurs.

Raison invoquée: cette augmentation est destinée à compenser le paiement des heures supplémentaires, qui ne seront désormais ni comptabilisées ni payées. La prime est limitée à tous les collaborateurs de la classe salariale 23 et plus, soit 5,6% de l'effectif total. Leurs salaires varient entre un plancher annuel de 100 682 francs (minimum de la classe 23) et un plafond de 214 991 francs (maximum de la dernière classe), auxquels il faut encore ajouter une prime unique de fidélité représentant entre 15% et 100% d'un salaire mensuel.

La nouvelle connue, les réactions syndicales ont été immédiates. Le député de l'Alliance de gauche et secrétaire syndical de la SSP-VPOD, Rémy Pagani, a allumé les premiers feux devant le Grand Conseil la semaine dernière. «Les syndicats, dit-il aujourd'hui, veulent que les heures supplémentaires soient compensées en temps, et non en argent. Et cela ouvre la porte à passablement d'abus. La VPOD ne peut pas laisser passer cela et exige que l'affaire soit négociée avec toutes les organisations syndicales, et pas uniquement avec celles représentant les cadres.»

Marco Spagnoli, président du Cartel intersyndical du personnel, se déclare quant à lui «choqué d'apprendre l'introduction d'une augmentation déguisée des cadres alors que le reste du personnel est soumis à l'austérité», et veut rencontrer le Conseil d'Etat pour en discuter.

Du côté des hauts fonctionnaires eux-mêmes, la position est partagée. «Il faut savoir que le statut des cadres varie selon les départements, car certains accordent des heures supplémentaires et d'autres pas, indique François Chevalley, président de l'Union des cadres. Notre organisation n'a pas été consultée par le gouvernement, à notre grand étonnement d'ailleurs, et n'a donc pas encore pris position», ajoute-t-il.

C'est d'ailleurs pour rétablir une certaine égalité que le gouvernement a pris sa décision. Il y a vingt ans, le Conseil d'Etat en avait déjà fait autant, sans grand succès apparent, en accordant à tous ses cadres une sixième semaine de vacances chaque année. Cet avantage reste maintenu à l'avenir.

Les cadres partagés

Si les cadres sont partagés, le cartel ne va sans doute pas manquer l'occasion de réclamer un avantage équivalent pour le reste de la fonction publique. Limitée aux seuls cadres supérieurs, la prime coûte déjà 3 millions à l'Etat. Mais accorder, sous une forme ou une autre, un avantage de 2% à l'ensemble de la fonction publique porte la note à 50 millions. Dans sa réponse verbale au député Rémy Pagani, la conseillère d'Etat Micheline Calmy-Rey a indiqué que la prime pour les cadres ne coûte rien à l'Etat, car elle est compensée par la suppression du paiement des heures supplémentaires. Voire… Dans les deux plus gros secteurs de l'Etat – les hôpitaux universitaires et l'enseignement –, la facture s'élève à plus de 2 millions («1,1 million pour les Hôpitaux universitaires de Genève», selon leur directeur général, Bernard Gruson, et «environ 1 million» au Département de l'instruction publique, selon sa secrétaire générale, Marie-Laure François). Or, ces deux ensembles n'ont jamais payé les heures supplémentaires de leurs cadres. Et, comme les autres départements occupent 484 cadres en tout, la facture moyenne de leurs heures supplémentaires devrait se monter à 6200 francs par fonctionnaire et par an. Un chiffre qui semble manifestement exagéré, même si certains cas individuels dépassent cette limite.

Depuis quatre jours, de multiples manières, nous avons essayé de joindre Micheline Calmy-Rey pour obtenir éclaircissements et point de vue. Malheureusement en vain. Et ses différents collaborateurs ont reçu l'instruction de ne pas nous répondre.