Pour les Alpes vaudoises, l'heure du chacun pour soi est révolue. La région a un avenir, radieux peut-être, dans le tourisme d'hiver, mais il passe par des fusions de sociétés, l'élimination d'un bon quart des installations existantes et la présentation d'une offre unique et cohérente face à la concurrence internationale. C'est le verdict du Valaisan Peter Furger, expert ès restructurations de domaines skiables, auquel le gouvernement vaudois a aussi fait appel. Dans son étude stratégique, Peter Furger recommande une centaine de millions de francs d'investissements, dans les dix ans à venir, ainsi qu'un recours accru mais ciblé à l'enneigement artificiel.

Disposant d'une vue d'ensemble et d'une ligne à suivre, le canton de Vaud est désormais en mesure de lever le moratoire sur les crédits LIM pour remontées mécaniques imposé l'an dernier par la Confédération. La conseillère d'Etat Jacqueline Maurer, cheffe du Département de l'économie, a annoncé mardi que toute future aide financière aux stations sera soumise à une condition préalable: la conformité des projets aux recommandations stratégiques du rapport Furger. Concrètement, cela suppose la création d'une seule entité de gestion sur le domaine skiable de Rougemont et de Gstaad; idem pour les domaines des Diablerets et de Villars-Gryon, cette dernière station, restructurée il y a quelques années, étant la seule des Alpes vaudoises à présenter des résultats satisfaisants; un «rapprochement fort» entre les stations de Leysin et des Mosses; une diversification touristique de Château-d'Œx où le ski devrait être à terme abandonné (voir ci-contre) mais qui peut mettre en valeur sa situation de porte d'entrée.

Peter Furger, qui dirige à Brigue le bureau de consultants ARW et dont le nom est étroitement lié aux restructurations de Zermatt, Crans-Montana et Loèche-les-Bains, encourage le développement de l'enneigement artificiel, qui reste très limité en Suisse par rapport aux pays voisins. Les perspectives de réchauffement climatique laissent suffisamment de temps pour qu'il vaille la peine d'investir dans une nouvelle génération d'installations sportives, assure-t-il. Par ailleurs, les 15 000 habitants des Alpes vaudoises n'ont pas encore trouvé, si l'on excepte 500 agriculteurs actifs aujourd'hui, d'autre gagne-pain.

Encore les canons à neige doivent-ils être implantés avec discernement, ce qui n'a pas toujours été le cas. Le canton de Vaud admet en principe la neige artificielle sur une piste principale et une piste de liaison par station, ce que Peter Furger semble considérer comme trop timide. Quoi qu'il en soit, le coût très élevé de ces installations en fera un critère de sélection des divers projets. Pour chaque km de piste artificiellement enneigé, il faut compter un million de francs d'installations et 50 000 francs de frais annuels d'exploitation. Dans un contexte financier très difficile, le canton pourrait aussi revoir son mode de financement des stations d'hiver, adopté au temps des vaches grasses et très généreux en comparaison intercantonale: il finance les projets à 60%, pour 20% de subventions fédérales et 20% de fonds propres.

Pour son étude, Peter Furger était parti d'un constat éloquent. Les Alpes vaudoises comptent 93 installations, qui produisent un chiffre d'affaires total de 33 millions de francs. Une rentabilité très insuffisante, puisque le niveau de la masse critique se situe autour d'un million de francs par installation. De plus, les sociétés actuelles, au nombre de huit, sont trop nombreuses, leurs structures trop compliquées. Avec cela, des installations vieillies et en surcapacité, au point qu'il est souhaitable d'en supprimer 20 à 30%.

En attendant les réactions des sociétés de remontées mécaniques face au nouveau ton adopté par l'Etat, les syndics concernés se déclarent acquis à la nécessaire collaboration. Côté bernois, la région de Saanen donne l'exemple puisque les communes votent actuellement à des majorités éclatantes le regroupement des sept sociétés existantes. «Les Alpes vaudoises forment un tout, on pourrait les comparer à l'une des régions du Valais, conclut Peter Furger. A elles d'en prendre conscience et de créer l'unité qui est indispensable si elles veulent retrouver leur place dans le monde des sports d'hiver.»