Le retard pris dans l'entretien du réseau ferroviaire, de plus en plus sollicité, dans les années 2000 continue de peser sur le résultat d'entreprise des CFF. En 2015, la division Infrastructure a enregistré une perte de 96 millions de francs, supérieure de 30 millions à celle de l'année précédente. Cela s'explique par le fait que les CFF ont déboursé 109 millions de plus pour entretenir les voies.

Après l'audit du réseau effectué en 2009, une feuille de route avait été établie conjointement par les CFF et la Confédération pour rattraper le retard pris dans la maintenance des rails. Il avait été convenu que ces coûts de rattrapage chiffrés en milliards (2,8 à fin 2015, soit 275 millions de plus que l'estimation faite en 2014) seraient pris en charge par les deux partenaires, jusqu'à fin 2015 par les CFF puis par la Confédération. En réalité, à la suite d'un nouvel accord portant sur la convention de prestations 2017-2020, les CFF assumeront encore ces coûts cette année.

L'entreprise a financé ces dépenses excédentaires en réduisant son bénéfice et en faisant des économies. Ce fut le cas en 2013, en 2014 et donc également en 2015, année durant laquelle les chantiers se sont multipliés parfois à la limite du possible. «Les interruptions nocturnes et les intervalles entre les trains ne suffisent plus à les réaliser sans perturber le trafic», regrette le président du conseil d'administration, Ulrich Gygi, qui a présenté vendredi le bilan 2015 du groupe ferroviaire. Or, la clientèle, qui paie ses billets et abonnements de plus en plus cher, exprime logiquement peu de compréhension pour les perturbations, qu'elles soient liées à des pannes, à des accidents ou à des chantiers.

Le rattrapage se poursuivra ces prochaines années. Le rapport 2015 sur l'état du réseau en confirme la nécessité. Dans l'ensemble, l'infrastructure est considérée de «bonne à passable», mais c'est précisément l'état de la voie ferrée qui manifeste les plus grands signes de faiblesses. Il est jugé «passable», mais, assurent les CFF, «la sécurité est garantie à tout moment».

Trois accidents importants

A propos de sécurité, l'année 2015 a été moins positive que 2014. Elle a été marquée par la collision de deux trains à Rafz (ZH), par le déraillement d'un convoi de produits toxiques à Daillens et par un éboulement sur la ligne du Gothard. En revanche, le nombre d'accidents de personnes, à propos desquels les CFF ont mené pour la première fois une campagne publique de sensibilisation, a sensiblement reculé.

Un autre facteur a plombé le résultat des CFF en 2015: le franc fort. Selon le directeur financier Georg Radon, les CFF ont perdu 80 millions à cause des taux de change. Ont été particulièrement affectés le trafic international des voyageurs ainsi que le trafic des marchandises, dont le résultat a été à nouveau négatif (-21,5 millions) après deux exercices positifs successifs.

L'expérience de centres de conférences (Business Points) dans les gares de Berne et de Genève n'aura pas de suite. Mal indiqués, concurrencés par le wifi gratuit, ils n'ont pas rencontré le succès escompté, déplore le directeur général Andreas Meyer. Ils ont entraîné une perte de 20 millions et seront fermés.

L'année 2016 sera marquée par un événement planétaire: l'ouverture du tunnel de base du Gothard, qui sera le plus long du monde et requerra lui aussi de l'entretien durant les décennies à venir. Pour faire face aux défis qui les attendent, les CFF vont poursuivre leur stratégie d'économies. Les coûts seront réduits de 550 millions d'ici à 2020, puis de 1,75 milliard d'ici à 2030. Ils prévoient de supprimer 900 emplois sur les 33 000 que compte le groupe.