Vaud

L’Etat de Vaud met l’hôpital psychiatrique de Nant sous tutelle

Un audit met en évidence des «manquements importants» dans la prise en charge des patients de la psychiatrie adulte

L’Etat de Vaud impose une forme de tutelle à la Fondation de Nant, responsable de la psychiatrie publique dans l’Est vaudois. Le professeur Jean-Nicolas Despland, médecin chef au Département de psychiatrie du CHUV, sera chargé de superviser la direction médicale de l’établissement de Corsier-sur-Vevey, pour la mise en œuvre des recommandations d’un rapport d’audit. Celui-ci met en évidence des «manquements importants» dans la prise en charge des patients du secteur adulte.

La Fondation de Nant est dans la tourmente depuis plusieurs mois. Des parents ont porté plainte à la suite de deux drames récents: la mort d’une jeune femme hospitalisée, dans des circonstances non encore établies officiellement, et le suicide d’un jeune homme qu’on avait laissé sortir de l’établissement. Par ailleurs, des psychiatres et psychothérapeutes de la région, dont plusieurs anciens de Nant, avaient mis en cause dans une lettre ouverte la sécurité des patients après le départ de plusieurs cadres.

Sous la direction du médecin cantonal Karim Boubaker, le rapport d’audit déplore une «culture de la transmission orale» des informations sur les patients, malgré les dossiers informatisés. Il en découle un manque de traçabilité des informations sur les risques de suicide, de comportement agressif, de consommation, ainsi que sur le «projet de soin». Ce qui peut être source d’incident à tout moment, mais surtout pendant la nuit et le week-end, selon le rapport.

La présence insuffisante des cadres, qui laissent trop souvent les assistants seuls à bord, est également épinglée. Une gestion insuffisante de la transition que traverse l’hôpital serait à l’origine de ces problèmes.

Exception dans le canton

Le Conseil de fondation de Nant admet les conclusions de ce rapport et s’engage à y remédier. Le suivi des informations sera amélioré. Le poste de directeur médical a été mis au concours la semaine dernière, celui de médecin chef de la psychiatrie adulte suivra. La dotation médicale sera adaptée à l’activité ambulatoire. L’arrivée comme directeur général de Christian Möckli, un ancien directeur d’Eben-Hézer, a été avancée de quelques mois. Il remplacera Daniel Mayer, qui prend sa retraite à la fin de l’année après vingt-huit ans de fonction.

La Fondation de Nant assure depuis les années 80 l’ensemble de la psychiatrie publique de la région Est. C’est une exception dans le dispositif cantonal, les autres régions du Centre (Cery), du Nord (Yverdon) et de l’Ouest (Prangins) étant pilotées directement depuis le Département de psychiatrie du CHUV.

Dans son hôpital des hauts de Vevey, la Fondation de Nant a traité 4850 patients en 2014. L’établissement compte 41 lits et 340 postes à plein temps. Les problèmes ne concernent que le secteur de la psychiatrie adulte, et pas ceux des enfants ni des personnes âgées, souligne la Fondation.

La psychiatrie publique vaudoise est chahutée de plusieurs côtés. Le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard a donné récemment une conférence de presse pour assurer que les cas de contention, dénoncés dans un livre paru il y a peu, avaient diminué, qu’ils étaient désormais provisoires et dûment motivés.

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