VAUD

L'Etat de Vaud remet avec prudence Georges Glatz à sa place

Le délégué cantonal à la prévention des mauvais traitements n'aura plus de pouvoir hiérarchique à la Protection de la jeunesse. Militant, fonctionnaire et député, il fera lui-même le rapport sur la compatibilité de ses casquettes.

Pour régler le problème de double casquette de Georges Glatz, qui est tout à la fois le représentant de l'Etat de Vaud, comme délégué à la prévention des mauvais traitements, et responsable d'une organisation militante, le Comité pour la dignité de l'enfant (CIDE), il y aurait eu la manière expéditive: lui demander de choisir entre l'une et l'autre de ces fonctions.

Anne-Catherine Lyon, cheffe du Département de la formation et de la jeunesse (DFJ), a choisi une autre voie. Selon la «solution constructive» que la magistrate socialiste a présentée lundi en compagnie du délégué, Georges Glatz quitte immédiatement le Service de protection de la jeunesse (SPJ), dont il était l'un des directeurs adjoints. Il sera rattaché directement au secrétariat général du département. Cette mesure doit permettre d'éliminer sans attendre ce qu'il y a de plus problématique dans une confusion des rôles que l'affaire des mères réfugiées en Suisse a rendue particulièrement visible (LT des 23 et 30 août). Georges Glatz, président d'une organisation qui favorise l'arrivée en Suisse de ces mères, n'aura plus de responsabilités hiérarchiques dans le service chargé d'assurer le suivi de leurs enfants. Georges Glatz se satisfait pleinement d'un tel transfert, qu'il préconisait également: «J'aurai plus librement le pouvoir d'interpeller l'autorité politique en fonction des événements ou lors de dysfonctionnements», relève-t-il.

Au-delà de cette première décision – qui devrait également réjouir les autres collaborateurs du SPJ – la question de la compatibilité entre la fonction de délégué cantonal et celle de président du CIDE reste posée. Tout comme celle de son mandat de député, depuis que Georges Glatz a été élu au Grand Conseil sur la liste du PDC.

Ces questions devront être examinées dans un rapport qu'Anne-Catherine Lyon a demandé pour la fin de l'année à Georges Glatz lui-même. Un choix qui ne manque pas de surprendre: quel intérêt y a-t-il à demander un rapport sur ce sujet à l'intéressé, alors que celui-ci s'applique depuis des années à entretenir cette confusion des rôles, au point que ses interlocuteurs ne parviennent pas toujours à déterminer à quel titre il s'exprime? «Je ne veux pas mettre M. Glatz au pied du mur, car le problème de confusion des fonctions n'est patent que dans le récent dossier des mères réfugiées, répond Anne-Catherine Lyon. Les autres actions du CIDE sont plutôt orientées vers l'extérieur.» La conseillère d'Etat précise toutefois que ces questions – qui portent également sur la place du délégué, à l'intérieur ou à l'extérieur de l'administration, et sur son cahier des charges – devront être examinées sans tabou. La cheffe du DFJ tiendra par ailleurs à associer ses collègues du Conseil d'Etat aux décisions qui découleront de ce rapport.

Problématique sensible

La double décision annoncée par Anne-Catherine Lyon témoigne tout à la fois du caractère extrêmement sensible de la problématique des mauvais traitements et de l'emprise acquise par Georges Glatz dans ce domaine. Avec prudence, la cheffe du DFJ tient à éviter toute mesure qui pourrait être interprétée comme une remise en question d'une mission à laquelle, dans l'opinion, Georges Glatz est identifié. Si le délégué vaudois n'a pas réussi en dix ans à acquérir une légitimité incontestée auprès des professionnels de la petite enfance, il a indubitablement entretenu la flamme pour la cause des enfants, aujourd'hui reconnue comme prioritaire. Il dispose aussi d'un solide réseau d'appuis, comme la Commission cantonale pour la prévention des mauvais traitements.

Cette instance ne voit pas le moindre problème dans le fait que le délégué cantonal soit président du CIDE. La députée radicale Odile Jaeger, chargée du DFJ au sein de la Commission de gestion, n'en voit pas non plus. A la demande de Georges Glatz, elle va rejoindre le comité de soutien pour les mères réfugiées en Suisse.

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