Syrie

L’étau se resserre autour d’un djihadiste romand

Récemment arrêté, Mourad Fares, qui se vante lui-même d’avoir recruté de nombreux djihadistes francophones, est soupçonné de liens avec une organisation terroriste. Il était proche de plusieurs Suisses, dont celui qui se fait appeler Abou Suleyman Suissery. Originaire d’Orbe, ce jeune de 24 ans est encore en Syrie

L’étau se resserre autour d’Abou Suleyman Suissery, 24 ans, parti d’Orbe en octobre 2013 pour combattre en Syrie. L’arrestation de Mourad Fares le 16 août en Turquie, extradé en France dans la nuit de mercredi à jeudi, devrait permettre d’en savoir plus sur le jeune Suisse devenu émir d’un groupe au sein de l’Etat islamique (EI) comme le révélait récemment Le Temps.

Car Mourad Fares, plus connu sous son nom de guerre Abou Hassan, n’est autre qu’un des principaux recruteurs des djihadistes francophones pour la Syrie. Ses liens avec Abou Suleyman Suissery, d’origine algérienne, sont avérés comme le démontre une photo (ci-dessus) publiée le 11 avril sur les réseaux sociaux. Le jeune djihadiste valaisan rentré en Suisse en mars dernier était lui aussi en contact avec Mourad Fares alias Abou Hassan.

Selon plusieurs sources sécuritaires, Mourad Fares était le numéro deux de la «brigade des Français» au sein de Jabhat al-Nosra, avant que le groupe ne soit dissous. En avril, le jeune Suisse d’Orbe en faisait encore partie si l’on en croit la photo que nous publions. Mais lui aussi, comme d’autres djihadistes étrangers, a fini par rallier l’Etat Islamique. Il a ensuite pris la tête d’un nouveau groupe de djihadistes francophones. Un reportage de TF1 diffusé le 12 septembre cite clairement le Suisse comme la nouvelle cible «prioritaire» des services de renseignement, après l’arrestation de Mourad Fares.

Mourad Fares, lui, est resté au sein de Jabhat al-Nosra, probablement un peu isolé, puisque lâché par les autres djihadistes francophones. Il se serait rendu de lui-même, en appelant l’ambassade de France en Turquie. C’est du moins la version donnée par l’un de ses frères, Mohamed, sur les ondes de France Info. Selon son frère, il n’est qu’un «petit poisson» même s’il allait chercher des jeunes en Turquie, une thèse qui n’est de loin pas partagée par les services de renseignement et enquêteurs de terrain. Le père d’un garçon de 15 ans embrigadé sous ses ordres a témoigné en sa défaveur à TF1. Le Matin a de son côté publié ce samedi le témoignage d’un homme dont la petite soeur de 16 ans est toujours retenue en Syrie. Il s’est rendu lui-même en Syrie en avril dans l’espoir de la ramener, sans succès. Il a tout de même pu la voir. Mourad Fares aurait tenté de la marier de force à un «psycopathe», mais un autre émir s’y serait opposé.

Samedi, le Nouvel Observateur a publié deux vidéos de Mourad Fares en Syrie, postées en mai sur le compte Facebook du jeune Suisse. Probablement par erreur, laisse entendre le journal qui les a copiées, car elles ont rapidement été effacées. Elles le montrent, avec d’autres comparses, en train de détruire des locaux abandonnés par des militants de Bachar Al Assad.

Mourad Fares, 30 ans, est originaire du Maroc. Il a grandi en France voisine, à Thonon-les-Bains. Titulaire d’un bac scientifique avec mention, il part à Lyon en 2005 pour commencer des études d’hôtellerie. C’est en juillet 2013 qu’il décide de se rendre en Syrie. Il a été mis en examen le 11 septembre par un juge antiterroriste parisien. Placé en détention provisoire, il est poursuivi pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste pour des faits commis en France et en Syrie, financement de terrorisme et direction d’un groupe terroriste. Dans un communiqué du ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, il est décrit comme «un individu particulièrement dangereux, proche des mouvements terroristes djihadistes». Et soupçonné d’être un «sergent recruteur».

Le Franco-marocain a réalisé plusieurs vidéos appelant au djihad, dont le film de propagande «Al Mahdi et le second Khilafah». A peine arrivé à Alep en juillet 2013, il a publié sur Facebook le message suivant: «Oui je suis terroriste et fier de l’être!!! C’est un ordre suprême d’Allah.»

Il a accordé en février une interview à un journaliste de Vice News, qu’il avait rencontré lors de son époque lyonnaise, dans laquelle il affirme être un recruteur. «Recruteur, c’est un bien grand mot en réalité. C’est le terme utilisé par les journaux mais le terme n’est pas correct, on prêche plutôt. Je suis l’un des principaux prêcheurs», préfère-t-il nuancer après avoir lui-même utilisé le terme de recruteur. Il y raconte, dans un échange Facebook, avoir dans un premier temps rejoint ce qui était alors encore l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Mais il dit l’avoir quitté par la suite avec «soixante personnes» pour «rejoindre Jabhat Al-Nosra, qui est officiellement l’organisation d’Al-Qaïda en Syrie».

«Tous les djihadistes dont on parle dans les journaux sont passés par moi, les dix jeunes de Strasbourg, les deux jeunes de Toulouse, la mineure de 16 ans et beaucoup d’autres». Il y ajoutait aussi: «Je ne suis pas prêt de rentrer en France, si je rentre demain, je suis parti pour quinze ou vingt ans de prison avec le dossier qu’ils ont sur moi». Un mandat d’arrêt international a été émis contre lui le 24 juillet dernier.

En Suisse, le Ministère public de la Confédération a ouvert des enquêtes pénales contre quatre résidents en lien avec les combats en Syrie. Mais au moins une quinzaine de «djihadistes suisses» seraient en Syrie.

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