Ils siègent tous les deux dans la Commission des finances. Pour le reste, les parcours politiques de Samuel Bendahan et de Thomas Egger se croisent, illustrant à merveille la diversité des chemins et des luttes qui mènent au Conseil national.

Il y a, d’un côté, le «jaune», comme on qualifie les chrétiens-sociaux dans le Haut-Valais. Thomas Egger, Viégeois depuis toujours – sa ville est sa «boussole» –, a serré des dizaines et dizaines de mains le jour de son assermentation. Et pour cause: en tant que directeur du Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB), il officie depuis longtemps comme lobbyiste dans la Berne fédérale. Grâce à sa profession, Thomas Egger peut aussi se targuer d’un réseau sur le plan international, notamment dans les régions alpines voisines de la Suisse.

«Vingt ans en coulisses»

Paradoxalement, ce fan de vélo est un nouveau venu en politique. A presque 50 ans, il a pris sa carte du parti il y a quelques années seulement, dans la perspective d’accéder au parlement fédéral. Par opportunisme? «Par opportunité», corrige-t-il. Pari gagnant. Deuxième lors des élections fédérales de 2015 sur la liste CSP, il succède à Roberto Schmidt, élu au Conseil d’Etat valaisan ce printemps. Il intègre le groupe PDC. «Je resterai un lobbyiste des montagnes, affirme Thomas Egger. Mais aujourd’hui j’entre sur scène après avoir évolué durant vingt ans en coulisses.»

Son programme sonne un brin monothématique. Il sourit: «La défense des régions de montagne, c’est tellement vaste. Ça va de la politique agricole aux résidences secondaires, en passant par la politique touristique.» Menacé de mort pour avoir pris position contre le loup en Valais, il estime par ailleurs que ses convictions personnelles sont partagées par de nombreux Valaisans: «Je ne suis pas à côté de la plaque.»

Contre les «inégalités» en tout genre

De l’autre côté, il y a le «rouge», le socialiste Samuel Bendahan. Inconnu sous la coupole fédérale mais bénéficiant d’une forte visibilité médiatique en Suisse romande, il suit une carrière politique linéaire: Conseil communal de Lausanne, Grand Conseil vaudois – dont il démissionnera prochainement – et maintenant Conseil national. A 37 ans, Samuel Bendahan succède à Cesla Amarelle élue au Conseil d’Etat vaudois.

Ce docteur en économie est heureux d’entrer dans la Commission des finances aux compétences transversales. Il se voit comme un universaliste, engagé pour combattre les inégalités. Membre du Gymnase du soir, de Lire et Ecrire, de la société coopérative d’habitation Le Bled ou encore de l’ATE, il explique avec force que oui, on peut tout à fait être pour le dépassement du capitalisme et s’identifier à la culture du compromis dynamique à la vaudoise: «Ma conviction profonde est que le capitalisme pose beaucoup de problèmes et d’injustices. A long terme, nous devons faire mieux. Mais la révolution n’est pas la seule manière de changer les choses. Au PS, nous voulons démontrer par notre action que nous sommes capables d’obtenir des résultats contre les injustices du capitalisme.»

Dans ses cours à l’Université de Lausanne et à l’EPFL, Samuel Bendahan parle beaucoup de morale et d’éthique. Ses activités de conseil économique, menées au sein d’un organe à but non lucratif, lui ont pourtant valu quelques critiques par le passé. Il rétorque: «J’ai toujours fait attention à mes mandats d’un point de vue éthique. La lutte contre les conflits d’intérêts, c’est mon combat! Mais je défends aussi l’idée d’avoir un parlement de milice avec des parlementaires pouvant avoir d’autres activités, bénévoles ou professionnelles.»

Union sacrée sur le service public

En Commission des finances, Samuel Bendahan et Thomas Egger seront appelés à faire des arbitrages, ceux-là même qui opposent de plus en plus souvent le Plateau aux régions de montagne, la formation à l’agriculture ou l’armée. Samuel Bendahan: «Ce n’est pas parce que je viens d’un milieu universitaire que j’accorde moins d’importance aux paysans. Je prône une approche par sujet. Si on veut enlever de l’argent, que ce soit à la formation ou à l’agriculture, il faut qu’on puisse me dire où et pourquoi.»

Thomas Egger constate pour sa part que les grands investissements financiers de ces dernières années – rail, route, etc. – bénéficient surtout au Plateau. «On reproche aux régions de montagne d’être des chasseuses de subventions. Mais 75% des moyens financiers de la Confédération vont sur le Plateau suisse! Nous avons besoin de moyens pour notre agriculture, pour innover dans les régions de montagne. Et nous devons aussi alléger certaines prescriptions», affirme le Viégeois.

Les deux nouveaux venus se retrouveront en revanche sur une ligne identique pour défendre le service public et la consommation «locale». «Les fermetures d’offices postaux posent des problèmes partout», estime Samuel Bendahan. «Dans le domaine des services publics, je suis aux côtés du Parti socialiste. Je défends l’idée que chaque citoyen doit avoir accès à un service public de qualité», abonde Thomas Egger. Et l’ancien lobbyiste de citer déjà précisément les motions importantes dans ce débat-là. «C’est sûr que je n’aurai pas besoin de deux ans pour savoir où est le Palais fédéral, rit-il. Dès la prochaine session des Chambres, je serai à fond.» Le Vaudois Samuel Bendahan affirme «avoir toutes ses preuves à faire». Mais vu sa capacité de vulgariser, ce fan de théâtre, de séries TV et de jeux vidéo incarnera sans peine la voix du PS dans ses combats contre les coupes budgétaires.