Migrants

L’étrange trajectoire d’un extrémiste genevois

A la tête d’un mouvement d’extrême droite européen, Jean-David Cattin sillonne la mer Méditerranée pour bloquer l’accès des migrants au continent. Révélations sur cet identitaire, fils d’un membre fondateur du MCG

Depuis quelques jours, il agite les médias du monde entier. Résolu à empêcher les migrants d’atteindre l’Europe, le Genevois Jean-David Cattin, ex-officier dans l’armée suisse, sillonne la Méditerranée à bord du C-Star avec ses amis identitaires. L’objectif de leur mission, «Defend Europe»: refouler les migrants sur les côtes libyennes. Et offrir un joli un coup de pub à leur idéologie.

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Qui est ce mystérieux Genevois? Né et élevé à Genève, détenteur d’un bachelor en économie d’entreprise, le jeune homme de 31 ans s’est fait connaître comme un des fondateurs des Jeunes identitaires genevois dès le début des années 2000. En 2009, le mouvement, qui compte une vingtaine de membres, fait parler de lui en réveillant les habitants du Petit-Saconnex à 7h du matin: ils diffusent un appel à la prière depuis leur voiture pour dénoncer ce qu’ils identifient comme l’islamisation de la société. Le groupe pose régulièrement sa signature, «zone identitaire», sur les murs de la ville. En 2011, Jean-David Cattin intègre le bureau exécutif niçois du Bloc identitaire. Il devient le premier non-Français à occuper ce poste.

Une université d’été

Estampillé «directeur national de la formation des identitaires» en France, il dirige l’université d’été du mouvement pendant deux ans. Il organise notamment des entraînements aux sports de combat et s’occupe de la formation politique. «Seuls les militants approuvés par les leaders locaux peuvent y aller. Ils apprennent à faire des tracts, à mettre au point une action et à répondre aux questions des journalistes», expliquait-il à la revue Choisir en décembre 2016.

Celui qui revendique l’occupation de la mosquée de Poitiers en 2012 s’est exprimé sur ses motivations dans le livre La France qui gronde de Jean-Marie Godard et Antoine Dreyfus: «Aujourd’hui, notre combat, c’est pour notre identité, clairement menacée par l’immigration et l’islamisation massive que subissent tous les pays européens». Jean-David Cattin est l’auteur de plusieurs ouvrages véhiculant une idéologie d’extrême droite très marquée. En mars dernier, il rédige la préface des 30 mesures pour une politique d’identité et de remigration, véritable programme politique. Il anime aussi régulièrement des conférences et des colloques.

«Genève n’est pas un terreau très fertile»

Jean-David Cattin est le fils de Jean-Pascal Cattin, candidat du Mouvement Citoyens genevois au Conseil municipal de la ville de Genève en 2015 et l’un des membres fondateurs du parti. Très actif sur les réseaux sociaux, son père partage et commente régulièrement des articles concernant la crise migratoire et les exploits de son fils. Il le défend bec et ongles et dénonce avec fougue les «contre-vérités» des médias. «Mon fils est assez réfléchi et aime les choses bien faites, explique Jean-Pascal Cattin. Il ne laisse pas la place au hasard. Chez lui, tout est calculé et soupesé.»

En 2011, le Genevois emménage à Nice. «Le mouvement s’est éteint à Genève, car nous sommes dans une toute petite ville et il n’y a pas les mêmes problèmes que dans une grande communauté. Alors si la tête pensante ou l’organisateur s’en va, tout s’effondre», analyse son père. Et d’ajouter: «Genève n’est pas un terreau très fertile pour développer ce genre d’idées.»

Scolarisé dans une école privée jusqu’à l’âge de 14 ans, Jean-David Cattin est un «très bon élève», poursuit son père. Il se tourne ensuite vers des études commerciales. D’après son profil LinkedIn, il effectue un stage aux TPG et travaille pour les banques EFG, puis JPMorgan Chase.

Expulsé de l’armée

En 2012, l’engagement politique de Jean-David Cattin lui vaut d’être expulsé de l’armée, révélait dimanche le SonntagsBlick. La hiérarchie évoque l’article 113 de la loi sur l’armée, et donc une dangerosité potentielle. Selon son père, l’engagement politique du jeune homme a commencé dès la fin de ses activités sportives, à l’adolescence. «Il a arrêté le hockey et le patinage au collège et a donc eu plus de temps pour conduire ses activités politiques», dit son père.

Lequel soutient son fils sur toute la ligne: «Je suis d’accord avec ce qu’il dit et je ne suis pas le seul. L’action de mon fils contre les passeurs est nécessaire. Cette histoire de migrants est allée beaucoup trop loin. Il y a trop de laisser-aller et résultat: on reçoit des gens en Europe qui n’ont rien à y faire. La plupart d’entre eux ne sont pas des familles en proie à des persécutions, mais des personnes qui viennent des régions subsahariennes et qui n’ont pas de quoi vivre correctement.»

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