«Ma visite à Lavin restera le plus beau jour de mes vacances.» Mardi dernier 1er août, Philippe Roch, chef de l'Office fédéral de l'environnement (OFEFP), inaugurait, au nom du Conseil fédéral, l'élargissement du Parc national suisse. C'est le premier agrandissement depuis 1939 de la réserve naturelle la plus célèbre du pays. Le Parc, dont la superficie augmente de 3,6 km2 (soit 172 km2 aujourd'hui), s'enrichit d'un chapelet de lacs glaciaires, les 23 joyaux couleur émeraude du plateau de Macun qui domine Zernez et Lavin, entre 2600 et 3000 mètres.

Accepté en votation par la commune de Lavin, cet élargissement des limites du Parc en préfigure d'autres, en discussion. Pour le directeur du Parc, Heinrich Haller, un premier objectif est atteint. Son ambition n'est toutefois pas satisfaite. Un agrandissement plus conséquent est urgent à ses yeux. La réserve engadinoise reste le deuxième plus petit parc national parmi les treize recensés dans tout l'Arc alpin. Heinrich Haller a le soutien du directeur de l'OFEFP. Les deux hommes sont convaincus que la surface du Parc national ne suffit plus à garantir une protection efficace de la flore, de la faune et de la diversité des paysages alpestres. D'où des projets dans deux directions: ajouter 30 km2 au Parc national; et surtout créer autour de la réserve totalement protégée de toute intervention humaine une zone tampon. Cette ceinture, une bande intermédiaire couvrant 300 km2, devrait bénéficier d'un degré de protection supérieur à ce qui existe aujourd'hui, sans que toute activité humaine y soit interdite.

Tandis que les résistances locales se focalisent sur ces zones tampon, Philippe Roch peaufine la révision législative qui donnera les bases juridiques à leur création. Une consultation est sur le point d'être lancée. «Le voisinage immédiat du Parc national doit bénéficier d'une protection différenciée. Il faut y donner, en nuances, la préférence à la nature sur des interventions humaines lourdes, sans aller jusqu'à la protection totale», dit Philippe Roch. Le passage à skis resterait possible sur des itinéraires sélectionnés; la cueillette des fleurs et des champignons serait largement protégée mais pas forcément interdite; un chalet d'alpage pourrait héberger des randonneurs, leur facilitant l'accès au Parc; l'exploitation de pâturages ne serait pas exclue, à condition de ne pas être intensive.

Démission du président de la commission du Parc

Sans l'aide financière de la Confédération, l'élargissement du Parc serait aléatoire. Lavin a ainsi chaleureusement remercié Philippe Roch lors de sa visite. Le chef de l'OFEFP n'a toutefois pas échappé à la critique. Certains continuent à voir en lui un «fondamentaliste» désireux de transformer l'Engadine en «réserve d'Indiens». Le Genevois s'en défend: «Je suis ouvert au dialogue et je respecte toutes les sensibilités. Sans la volonté des montagnards, rien n'est possible.» Or l'on apprenait vendredi la démission de Martin Bundi de la présidence de la commission du Parc national suisse pour la fin de l'année. Dix ans durant, le politicien grison s'est imposé comme l'artisan d'un dialogue constructif. Son retrait n'est pas une surprise. L'étape franchie cette semaine avec l'élargissement du Parc aux lacs de Macun est l'aboutissement de longues discussions. Une dynamique est désormais lancée. C'est le bon moment, a jugé Martin Bundi, pour que de nouvelles énergies se révèlent.