«Après 12 éditions, nous ne voulons pas nous endormir sur nos lauriers. Au contraire, nous voulons réinventer l'événement.» Le symposium de Zermatt consacré à la créativité, dont la dernière édition s'est déroulée en janvier dernier, va quitter le pied du Cervin pour se déplacer à Interlaken en 2003, plus exactement du 27 septembre au 10 octobre. Il s'intitulera dorénavant «International Creando symposium». Creando étant le nom de la fondation créée en 1979 par le médecin psychiatre Gottlieb Guntern, à l'origine du rendez-vous zermattois.

Pour des raisons structurelles, l'offre hôtelière de Zermatt ne permettrait plus de réunir tous les invités au même endroit, le déplacement dans la station serait trop compliqué, et enfin l'Etat du Valais n'est pas assez motivé pour soutenir financièrement le rendez-vous. Il est vrai que le symposium de Zermatt était particulier et obéissait à une dynamique intellectuelle exigeante sans cesse renouvelée et qui pouvait paraître trop élitaire. Il a réuni des gens de tous les milieux, comme l'écrivain Gabriel Garcia Marquez, le trompettiste Clark Terry, l'alpiniste Catherine Destivelle ou, cette année, le «Salvador Dali» de la cuisine Ferran Adrià.

Pour Gottlieb Guntern les raisons du déplacement sont d'ordres divers: «L'aspect principal est le manque d'espace. La salle de l'Hôtel Mont-Cervin est trop petite pour développer le symposium et cela nous posait des problèmes au niveau de la traduction. On nous a longtemps promis la construction d'une infrastructure plus performante, mais elle n'est pas venue. Nous étions dès lors face à un choix: rester là-haut dans une situation bloquée ou aller ailleurs pour se développer.»

Fidèle donc à sa philosophie, la seconde solution a prévalu. Le symposium ira à l'Hôtel Viktoria-Jungfrau à Interlaken où les conditions permettent un nouveau développement de la manifestation qui déplace en moyenne quelque 300 personnes. D'autre part Gottlieb Guntern estime que le rythme annuel du symposium devenait un peu trop «frénétique». Un rendez-vous bisannuel conviendrait mieux et permettrait d'organiser en alternance la même manifestation sur la côte Ouest des Etats-Unis: «C'est un projet, mais pour le réaliser il faut tenir compte de l'évolution de la situation économique de l'autre côté de l'Atlantique, qui n'est pas très bonne actuellement.»

Cela dit, ce départ a été mal ressenti en Valais où le rayonnement de la manifestation, réunissant des célébrités du monde entier et de nombreux Prix Nobel, était apprécié. Mais Gottlieb Guntern ne cache pas qu'il regrette l'engagement mitigé de l'Etat du Valais envers la manifestation: «Il nous a parfois soutenus, parfois pas. Il n'était pas possible d'intégrer cette participation dans nos budgets d'une façon assurée. Mais je ne veux pas en faire une histoire, car je veux partir en paix.» Le créateur du symposium n'en perd pas moins son énergie et son mordant, fustigeant le «bal masqué de la médiocratie», un de ses thèmes de prédilection qui fait l'objet d'une trilogie dont il écrit en ce moment le troisième tome.

A l'Etat du Valais, le président du gouvernement, Thomas Burgener, se fait l'écho d'une appréciation un peu différente de la situation: «Nous regrettons que cette manifestation déménage, car elle a permis à de nombreuses personnalités de venir dans le canton. Mais l'Etat a soutenu régulièrement la manifestation et la Fondation Creando. Il y a certes un montant de 100 000 francs en suspens. Ici l'inspectorat cantonal des finances a attiré notre attention sur le fait que la Fondation Creando avait des fonds propres importants. Nous avons donc demandé des précisions à ce sujet avant de verser une subvention. Nous n'avons rien reçu pour l'instant.»