Heureuse coïncidence: peu de jours après la publication par le quotidien alémanique Blick de deux pages d'opinions plutôt aigres au sujet des réfugiés kosovars, le Conseil de la presse, un organe indépendant chargé d'émettre des recommandations déontologiques aux rédactions, se penchait mercredi à Berne sur la problématique des lettres de lecteurs racistes. Saisi du problème durant la crise des fonds en déshérence, le conseil a dégagé quelques principes généraux qui tendent à remettre en cause la publication de lettres «limites» par les médias suisses, comme l'a expliqué son président Roger Blum au Temps.

«Toutes les rédactions sont conscientes du problème, mais la définition de ce qui est raciste ou pas n'est pas claire. On nous dit que si le peuple a peur d'une invasion étrangère, on doit publier ces lettres. Mais, même si elles ne sont pas problématiques pour des Suisses, ces lettres peuvent être offensantes pour les minorités. Nous pensons que, face à des lettres qui sont racistes ou quasi racistes, les rédactions doivent être très prudentes. Quelque chose qui ne paraîtrait pas raciste à une table de Café du Commerce doit pouvoir être refusé.»

Roger Blum estime qu'il y a «une autre manière de traiter les peurs de la population»: par une couverture rédactionnelle normale. «Il ne faut pas publier les lettres sans commentaire, mais citer aussi des experts et les textes de loi. Sinon on ouvre les portes au racisme et on permet à certaines personnes de se montrer brutales envers les minorités.»