Selon le dernier sondage du groupe Tamedia, l’initiative de l’UDC exigeant que la Suisse redevienne pleinement souveraine en matière d’immigration est mal partie: ses partisans ont 15 points de retard. Ils n’en sont que plus virulents. Ils ont publié une étude de l’institut de recherche londonien Europe Economics, mandaté par la Fondation pour une politique bourgeoise. Celle-ci démonte «le mythe» entretenu par le Conseil fédéral, qui prétend que la voie bilatérale est à la source de la prospérité helvétique. L’association faîtière Economiesuisse rejette totalement ses conclusions.

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«La campagne indigne» du Conseil fédéral

C’est la première fois que cette Fondation pour une politique bourgeoise, dont le but est d’apporter un soutien financier à l’UDC, apparaît en public. Les membres de son conseil, présidé par Toni Brunner, étaient connus, mais pas ses activités. En finançant cette étude – dont le coût n’a pas été dévoilé –, elle jette un pavé dans la mare du Conseil fédéral. «Le gouvernement, en particulier Karin Keller-Sutter, mène une campagne indigne de notre démocratie», n’a pas hésité à affirmer le conseiller national (et banquier) Thomas Matter (UDC/ZH).

Le 27 septembre prochain, le peuple devra se prononcer sur une initiative visant à résilier l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP), qui est lié par une clause guillotine aux six autres accords des bilatérales I, lesquels pourraient donc devenir caducs par effet domino. Face à ce risque mis en exergue par le Conseil fédéral, la fondation brandit une étude qui le minimise totalement.

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«Appauvri les Suisses»

Selon l’auteur de l’étude, Andrew Lilico, seuls deux des sept accords du premier paquet se sont révélés positifs pour la Suisse: ceux relatifs à la suppression des obstacles techniques au commerce et au transport aérien. En revanche, l’ALCP annule largement ces bénéfices. Pire: «Il a appauvri les Suisses, dont le PIB par tête d’habitant aurait pu être plus élevé de 3500 francs par an sans cet accord.»

L’explication? En recourant plus que de raison à la main-d’œuvre bon marché de l’UE, les entreprises suisses ont retardé une modernisation de leurs structures qui leur aurait offert une hausse de la productivité. Ce n’est pas tout. Andrew Lilico estime que la situation s’aggravera à l’avenir, après que la Grande-Bretagne aura quitté l’Union. «La pression migratoire n’en sera que plus grande sur l’Europe des 27 et sur la Suisse», avertit-il.

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La sèche réplique d’Economiesuisse

Contactée, Economiesuisse doute du sérieux de cette étude. «Les principaux résultats soit sont incompréhensibles, soit se réfèrent de manière sélective à des chiffres clés d’études dépassées», réagit Rudolf Minsch, économiste en chef de l’association faîtière. Selon ses calculs, celle-ci estime que sans les accords bilatéraux I, «chaque personne en Suisse aurait un revenu plus faible»: entre 1900 et 3400 francs de moins par an.

Alors que les partisans de l’initiative assènent que le pouvoir d’achat de la population a baissé depuis l’entrée en vigueur de l’ALCP, Economiesuisse dément une fois encore. «D’une part, les salaires réels ont augmenté et, d’autre part, le franc suisse s’est beaucoup renforcé, de sorte que les produits importés et les vacances à l’étranger sont devenus beaucoup moins chers pour la population suisse.»

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