Dans l'œil du cyclone. Alors que la crise financière de ces derniers mois déploie ses effets au niveau mondial et affecte durement la place financière zurichoise (LT du 03.09.2008), Genève continue d'afficher une très bonne santé économique. A tel point que les comptes 2008 promettent un résultat bien supérieur aux attentes, avec un boni de 548 millions au lieu des 52,2 millions qui avaient été budgétés. Et la dette du canton, toujours abyssale, devrait cependant diminuer d'un milliard par rapport à fin 2007, pour se monter à 11,3 milliards au 31 décembre prochain.

Fonctionnaires et investissements

La manne genevoise profitera aux fonctionnaires, qui verront leurs salaires indexés rétroactivement de 0,9%, et aux investissements, qui prennent l'ascenseur. Autre promesse que le Conseil d'Etat entend honorer dans ce contexte radieux: une baisse d'impôts ciblée pour la classe moyenne et les familles.

Les nouvelles annoncées hier montrent qu'une fois de plus les projections initiales de l'administration cantonale des finances sont loin de se confirmer. Alors qu'en 2007, l'écart entre le budget et les comptes était de 1 milliard de francs, la correction annoncée pour 2008 est, pour l'heure, de l'ordre de 500 millions. Une situation que David Hiler, le ministre vert des Finances, espère encore voir s'améliorer à l'avenir grâce à une meilleure évaluation des recettes fiscales.

Comme lors des années précédentes, celles-ci sont largement supérieures aux prévisions. D'après les dernières évaluations, elles devraient rapporter 378 millions de plus que prévu. Notamment grâce à l'impôt à la source, qui progresse, au premier semestre, de 18% par rapport à 2007. L'impôt sur les personnes physiques devrait lui aussi connaître une évolution positive, alors qu'un «léger repli» est attendu pour celui sur les personnes morales.

Mais rien de catastrophique: pour l'heure, les indicateurs économiques sont encore encourageants pour l'année en cours, a souligné le radical François Longchamp. Source de satisfaction pour les ministres: 10000 emplois ont été créés à Genève au cours de l'année écoulée, le taux de chômage continue à baisser (5,5% en juin), et la croissance des exportations horlogères progresse encore de 15%. C'est en 2009 que les conséquences du ralentissement conjoncturel devraient se faire sentir.

Des correctifs qui rapportent

Les recettes fiscales englobent aussi les sommes issues des correctifs apportés aux exercices précédents, qui devraient rapporter plusieurs centaines de millions. Mais la nouvelle répartition des charges entre le canton et la Confédération, ainsi que l'application des nouvelles normes comptables IPSAS que le canton de Genève est le premier à appliquer, plombent le compte de fonctionnement de 279,6 millions. Sans cela, «le boni 2008 atteindrait probablement le même niveau qu'en 2007», soit quelque 800 millions de francs, a précisé David Hiler.

Les charges, elles, sont «globalement conformes au budget», estime le Conseil d'Etat. Les allocations à des tiers ne devraient pas augmenter, au contraire des charges de personnel et des subventions, qui grimpent respectivement de 15,8 et 9,9 millions, notamment à cause d'une forte augmentation du nombre de départs à la retraite anticipée dans la fonction publique, avant un changement de régime en 2011.

Pas de quoi dissuader les ministres d'assouplir les règles en matière de dépenses. Limitée jusqu'en 2007 à 1% par an, la hausse des charges pourra atteindre 2% en 2008, comme le prévoit le plan d'assainissement des finances lorsque l'autofinancement des investissements est garanti.

C'est la fonction publique qui en bénéficiera en premier lieu, avec une indexation de 0,9% des salaires qui coûtera 35,1 millions de francs et l'introduction du 13e salaire (42 millions). S'y ajoutent des crédits pour des projets prioritaires, tels que le désamiantage d'écoles ou l'avancée de projets d'aménagement, comme celui de la Praille-Acacias-Vernets.

Les dépenses d'investissements sont aussi revues à la hausse: 600 millions, au lieu des 486 millions prévus initialement. La dette, elle, aura baissé d'un milliard en un an pour atteindre 11,3 milliards, ce qui permettra d'économiser environ 10 millions sur les intérêts et frais d'emprunt.

Soucieux de «rendre au contribuable une part des bienfaits de la conjoncture», le Conseil d'Etat a répété qu'il allait instaurer des baisses d'impôts ciblées sur la classe moyenne et les familles. Le projet de loi sera déposé cet automne et une votation devrait avoir lieu en juin 2009, pour une entrée en vigueur en 2010.

Un bon accueil politique

Des réductions fiscales qui ne semblent même pas hérisser la gauche. «Cela mérite d'être étudié», note le Vert Christian Bavarel. Le socialiste Alberto Velasco va plus loin: «Les familles ont souffert au cours des dernières années, il est bon de les soulager un peu.» A droite, où l'on réclame pourtant des baisses fiscales chiffrées à 1 milliard, on semble aussi prêt à discuter. «Les familles sont une priorité, nous pourrions revenir dans un deuxième temps avec des baisses pour les entreprises», note le PDC Guy Mettan. «Nous sommes prêts à faire des concessions, pour autant que la générosité du gouvernement soit équilibrée», nuance Pierre Weiss, qui conteste l'indexation des salaires de la fonction publique: «Tant que je n'ai pas la preuve que l'objectif annoncé en début de législature de réduire la masse salariale de 5% a été atteint, il est exclu de l'accepter», martèle-t-il.

Reste que les bonnes nouvelles annoncées hier semblent avoir émoussé le scepticisme de nombreux élus. A droite comme à gauche, on salue «la bonne gestion du Conseil d'Etat», autant que les effets de la conjoncture. En attendant 2009 et ses orages.