Durant les longues années des négociations bilatérales, l'information a toujours été dispensée beaucoup plus libéralement par des sources communautaires à Bruxelles que par l'Administration fédérale à Berne, y compris pour les documents d'origine helvétique. A l'aube d'un nouveau cycle de négociations, le Conseil fédéral paraît avoir compris qu'il vaut mieux informer directement à Berne, plutôt que de laisser les documents revenir en Suisse depuis Bruxelles, pas nécessairement dans leur intégralité et peut-être assortis d'une interprétation qui ne lui convient guère. Le Conseil fédéral avait déjà informé plutôt largement la presse mercredi sur ses intentions. Ses services d'information ont admis ensuite de publier les trois lettres qui viennent d'être adressées à la Commission européenne.

Démarche «proactive»

Cette façon de faire semble traduire également la volonté de mener une politique d'information plus transparente et en tout cas plus offensive, ou «proactive», dans le jargon en usage au Palais fédéral. Tout en faisant déjà un certain nombre de concessions en matière de lutte contre la fraude, la Suisse a en effet choisi de tenir tête à la Commission européenne en persistant à demander d'emblée l'assurance de pouvoir négocier sur Dublin et Schengen. En livrant le texte des missives par lui adressées à la Commission, le Conseil fédéral obtient que les médias suisses livrent sa façon de voir les choses avant les commentaires distillés à Bruxelles.

Dans la première de ces trois lettres, Joseph Deiss précise ce que la Suisse attend de l'UE à propos des accords de Schengen et de Dublin, c'est-à-dire d'être mise sur le même pied que la Norvège et l'Islande, pays non membres de l'UE mais au bénéfice d'un arrangement particulier. Dans une seconde missive, le ministre des Affaires étrangères détaille quelque peu les concessions que la Suisse est prête à faire pour lutter contre la fraude. Dans la troisième, Kaspar Villiger réitère la disposition de la Suisse à collaborer en matière d'imposition de l'épargne.