Le château de Coppet renoue avec ses heures de gloire, l'Europe entre une nouvelle fois dans ses salons feutrés. Le centre lémanique de l'Institut européen de l'Université de Genève (IEUG) y a en effet été inauguré mardi, quelque deux siècles après l'éveil d'une conscience européenne par la volonté de Madame de Staël, Benjamin Constant et tant d'autres. «Nous aurions pu trouver un endroit à Genève, mais nous ne souhaitions pas suivre une logique territoriale, souligne Philippe Braillard, directeur de l'IEUG. Ce centre se veut un pôle d'ouverture et de collaboration nationale et internationale.»

Le centre lémanique, rattaché au rectorat de Genève, se donne trois principales missions. La recherche d'abord. Enseignants, chercheurs et doctorants travaillant sur les questions européennes seront réunis sous le titre un peu ronflant d'«Observatoire européen de Coppet». Les universitaires de Genève, Lausanne, Neuchâtel, Fribourg ou encore de l'EPFL pourront ainsi développer des projets communs. Et les forces ne manquent pas en Suisse en matière européenne. La plupart des facultés possèdent un département de droit européen et des instituts plus spécifiques sont établis à Lausanne (Fondation Jean Monnet pour l'Europe), Neuchâtel (Fonds Denis de Rougemont), Bâle (Institut européen), ou encore Fribourg (Institut interfacultaire de l'Europe orientale et centrale). «Ce cadre devrait nous obliger à organiser plus d'activités et à chercher plus de partenaires», se réjouit René Schwok, chercheur à l'IEUG.

Si le centre se veut ouvert à d'autres régions, il met aussi en avant l'importance de l'interdisciplinarité. «L'Université de Genève est polyvalente. L'IEUG et son centre s'inscrivent dans la même logique puisqu'ils regroupent les facultés de droit, lettres et sciences économiques et sociales», précise Maurice Bourquin, recteur de l'Université de Genève. Les archives ensuite. Le centre lémanique compte une quarantaine de fonds relatifs à la construction de l'Europe politique, ainsi qu'à la coopération scientifique et intellectuelle européenne. Cette conséquente base de données sera ouverte à tous. L'IEUG, selon un communiqué, prévoit par ailleurs la mise en réseau de ces archives avec celles d'autres centres en Suisse romande, «comme le Centre Jean Monnet à Lausanne». Ledit centre, qui n'était pas encore au courant, est ravi de la nouvelle: «Nous réagissons positivement à toute initiative qui contribue à porter l'Europe», assure Henri Rieben, président.

La troisième vocation du centre lémanique, enfin, est l'accueil et l'organisation de colloques, ateliers et conférences. Le premier en date traitera en mars 2003 de l'«Evolution du rôle des organisations internationales: vers de nouveaux modes de socialisation et d'intervention».

L'aile du château occupée par le centre a été spécialement rénovée pour l'occasion par le propriétaire des lieux, Othenin d'Haussonville, dans le plus pur respect des traditions. Le loyer, qui s'élève à 70 000 francs par année, est pris en charge par l'Etat de Genève, tandis que les frais de fonctionnement sont assurés conjointement par l'IEUG et le soutien de fondations. Les Universités de Lausanne, de Neuchâtel et de Fribourg devraient en outre participer au financement des colloques auxquels elles seront associées. Malgré le bonheur évident de Philippe Braillard de pouvoir occuper ce lieu hautement symbolique, le directeur dément toute ambition de former un nouveau laboratoire d'idées politiques. Le centre sera scientifique ou ne sera pas, question de «distanciation critique». Une volonté que regrette peut-être Monsieur d'Haussonville: «Ce centre est un très bon départ, il donnera peut-être l'idée à la Suisse d'aller un peu plus vite vers l'Europe…»