Genève

Leurs dépenses publiées, les ministres genevois restent sous pression

Les autorités de la ville de Genève ont publié le détail des frais de ses ministres depuis 2007. La démarche suscite de nouvelles questions des élus. La prochaine séance parlementaire s’annonce houleuse

Dans son récent rapport sur les frais des conseillers administratifs en ville de Genève, la Cour des comptes genevoise avait reproché à la Verte Esther Alder des frais de taxi élevés pour l’année 2017 (3029 fr.). On sait désormais que la responsable de l’Action sociale a fait un usage extensif de ce mode de transport dès son entrée en fonction. Ce jeudi, le conseil administratif s’est effet résolu à publier le détail des frais des ministres municipaux pour les années 2007-2017. Il accède à la demande de plusieurs partis et du bureau du conseil municipal, exprimée après la publication du rapport accablant des auditeurs de la République. On y apprend donc que, de 2011 (2519 fr.), date de son entrée en fonction, à 2015, son année de mairie (7641 fr.), les frais de taxi de la Verte n’ont fait qu’augmenter.

Voir  les tableaux complets des frais du conseil administratif

Autre information: avec 51 591 fr. (42 224 fr. dans le rapport de la Cour), le PDC Guillaume Barazzone a été épinglé comme le plus dépensier du collège en 2017. Or, l’année précédente, alors qu’il officiait comme maire, son total se montait à 65 362 fr.

Lire également notre éditorial:  A Genève, l’élan est brisé

L’examen des frais de représentation est aussi plein d’enseignements. Depuis 2007, Rémy Pagani les maintient à un niveau élevé. L’élu d’Ensemble à gauche a certes été maire à trois reprises. Mais comment justifier 12 453 fr. en 2014 quand, à la même période, Sami Kanaan en est à 6769 fr. et Sandrine Salerno à 3213 fr. alors que les socialistes se sont partagé la fonction de maire?

Lire aussi: Ursula Cassani, spécialiste du droit pénal économique: «Pour les élus, le risque de se faire prendre est plus grand aujourd’hui»

2009, année dorée

Concernant les magistrats qui ne sont plus en fonction, notons des totaux élevés chez le socialiste Manuel Tornare (39 926 fr. en 2007, 35 956 fr. en 2010). L’année 2009 s’est montrée particulièrement généreuse avec le Vert Patrice Mugny (29 571 fr.) et le PLR Pierre Maudet (22 597 fr.).

La Cour des comptes n’avait analysé que des échantillons de frais remboursés portant sur l’année 2017. En faisant la lumière sur dix ans, le conseil administratif se montre transparent. Mais cette avalanche de chiffres ne permet pas de déterminer si ces dépenses sont bien liées à l’exercice de la fonction publique pour laquelle les huit magistrats auscultés ont été élus.

Lire aussi:  L’inconséquence de certains élus dans la gestion de leurs dépenses

«Ces chiffres sont scandaleux dans leurs montants. La manière de les présenter est scandaleuse elle aussi», s’emporte Eric Bertinat. Pour le président UDC du parlement municipal, le fait que le conseil administratif publie à la hâte des données qu’elle a rechigné à soumettre à la Cour des comptes est le signe d’«une grande panique». «Cela ne clôt pas la discussion, cela l’alimente, dit-il. Tels quels, ces chiffres ne nous renseignent pas beaucoup. Le conseil administratif est au pied du mur. Nous avons besoin d’explications.» L’appel à la Cour des comptes d’examiner l’entier des dépenses entre 2007 et 2017 est maintenu.

Rembourser l’argent

«L’exécutif commence à répondre à nos demandes, mais jeter la pierre à Manuel Tornare, parti en 2011 et représentant d’une autre époque, est un peu facile. Je ne me contente pas de cela», regrette Simon Brandt, président du PLR ville de Genève et candidat au conseil administratif en 2020. Le parlementaire demande que les ministres reversent les frais qui leur ont été injustement remboursés, «comme Guillaume Barazzone, qui n’en a d’ailleurs pas fini». Le nouveau règlement, édicté le 1er novembre, ne garantit pas, selon lui, que les contrôles soient désormais satisfaisants. Il a d’ailleurs déposé en juin de cette année un projet de réforme du contrôle financier, qu’il soupçonne de ne pas être assez indépendant de l’exécutif.

Pour Sylvain Thévoz, coprésident du Parti socialiste ville de Genève, cet effort de transparence marque le début d’un «travail de fond». «Un changement de pratique est nécessaire, affirme-t-il. Il doit permettre de maintenir un contrôle plus efficace» dans toutes les communes, à l’échelle cantonale comme au sein des grandes régies publiques. Lundi, son parti formera d’ailleurs un groupe de travail pour lancer ce mouvement de réforme.

La publication de ces chiffres n’a donc pas fait baisser la pression exercée sur le conseil administratif depuis une semaine. La séance plénière de mardi prochain s’annonce tendue. Elle sera entièrement consacrée à l’affaire des notes de frais. Des citoyens ont annoncé qu’un rassemblement aura lieu devant le parlement municipal pendant les débats.

Publicité