Surpopulation carcérale, défaillances du système et pour couronner le tout, double évasion au pénitencier de Bochuz. C’est peu dire que Thomas Noll prend ses fonctions dans un contexte chargé. Et le nouveau directeur du Centre suisse de formation pour le personnel pénitentiaire, basé à Fribourg, lance déjà des pistes pour améliorer le système. Psychiatre et juriste, il était auparavant responsable de l’exécution des peines à Pöschwies (ZH), le plus grand pénitencier de Suisse.

Le Temps: Quelle a été votre première réaction à l’annonce de la double évasion du pénitencier de Bochuz jeudi soir?

Thomas Noll: De tous les événements prévisibles, c’est le pire qui puisse arriver. J’ai immédiatement pensé au contexte, car il y a eu une succession d’incidents ces derniers temps. Je le dis sans pointer le canton de Vaud, car le système de manière globale peut être amélioré.

– Comment?

– Le Centre suisse de formation pour le personnel pénitentiaire ne s’occupe que de l’enseignement théorique. La formation pratique, elle, se fait au niveau de chaque pénitencier. Et là, contrairement à nous, il n’y a pas de standardisation des cours. Nous n’avons aucune vue d’ensemble sur ce que chacun fait ou ne fait pas dans les 109 centres de détention que compte la Suisse. Il faudrait centraliser aussi la formation pratique, ou en tout cas une partie. Je pense au contrôle des cellules, car c’est là qu’on peut cacher des armes ou des téléphones mobiles pour planifier une évasion. Ou encore à la détection d’objets par radiographie à l’entrée des pénitenciers, qui s’acquiert avec de l’expérience et exige un certain niveau d’expertise.

– Mais tout ne peut pas reposer sur le personnel pénitencier. Vous dites qu’il faut revoir le système?

– Oui. Je serais favorable à ce qu’on forme un groupe d’experts au niveau suisse qui fasse des visites régulières et spontanées dans tous les établissements afin de contrôler le niveau de sécurité. Ce groupe pourrait faire part de ses remarques à une instance nationale, par exemple la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police (CCDJP). Une autre idée à laquelle je réfléchis depuis plusieurs mois est l’introduction pour le domaine carcéral d’un système similaire à celui qui fait ses preuves dans l’aviation et le secteur hospitalier. C’est-à-dire une base de données centralisée qui permettrait aux centres de détention d’introduire tous les incidents qu’ils rencontrent, de manière anonyme. Cela permettrait aux uns d’apprendre des erreurs des autres.

– Le fédéralisme n’est-il pas un frein à ce type de propositions?

– C’est vrai et il faut en tenir compte. Les cantons sont maîtres en la matière. Mais il n’y a pas assez de liens entre les professionnels du milieu pénitentiaire. On ne peut pas tout centraliser. Cependant, on peut trouver des points communs et construire à partir de cela. D’ailleurs, la CCDJP y songe. Un groupe de travail planche actuellement sur l’opportunité d’ouvrir un centre de compétence pour tout ce qui touche aux questions pénitentiaires.

– Le gardien de prison de demain sera d’abord un policier?

– Non. Le gardien doit rester, quelque part, un thérapeute. Il ne tourne pas seulement une clé dans une serrure. Il travaille avec les détenus. Pendant plusieurs heures chaque jour, il est avec des criminels et il a la possibilité d’influencer positivement sur leur comportement. Ainsi, il ne s’agit pas seulement d’améliorer son approche technique mais également, durant la formation, de mettre l’accent sur sa relation avec les détenus. Le contact permet d’anticiper beaucoup de choses. C’est bien connu.

– Les jeunes ont-ils encore envie d’être gardiens de prison?

– Le recrutement varie d’un canton à l’autre. A Zurich par exemple, où j’ai travaillé, il n’y avait pas de problèmes majeurs. A Genève, c’est autre chose; 450 nouvelles places de détention seront créées d’ici à 2017, sans parler de l’ouverture prochaine de Curabilis pour les détenus malades et dangereux. Le canton a ainsi besoin d’agents supplémentaires et, pour l’instant, je ne les vois pas.