Homosexualité

L’évêque de Coire persiste et signe

Vitus Huonder «regrette d’avoir été mal compris» lors de son discours sur le mariage vendredi, mais il ne s’écarte pas de sa ligne ultra-conservatrice

L’évêque de Coire persiste et signe

Homosexualité Vitus Huonder «regrette d’avoir été mal compris» lors de son discours sur le mariage vendredi

Mais il ne s’écarte pas de sa ligne ultra-conservatrice

L’évêque de Coire «regrette d’avoir été mal compris». Dans une déclaration publiée lundi sur le site du diocèse, Vitus Huonder précise qu’il «ne voulait en aucun cas déprécier les homosexuels», lors de son discours tenu vendredi en Allemagne, au congrès du Forum Deutscher Katholiken.

Il avait notamment cité un verset particulièrement virulent du Lévitique: «Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu’ils font tous les deux est une abomination: ils seront mis à mort, leur sang retombe sur eux.»

Lundi, l’évêque confirme avoir «cité plusieurs passages gênants de l’Ancien Testament relatif au mariage, à la sexualité et la famille» sans mentionner le verset en question. Il dit s’être tenu au «catéchisme de l’église catholique, en matière d’homosexualité». S’il déclare ne pas vouloir abaisser les homosexuels, l’évêque conservateur répète que ces derniers «violent la loi naturelle» et qu’ils doivent choisir la voie de la chasteté.

Le docteur en théologie nommé vicaire général du diocèse de Coire en 1990 par le contesté Wolfgang Haas, puis évêque en 2007 par le pape Benoît XVI, n’en est pas à sa première déclaration virulente contre les homosexuels. S’il cite pour la première fois le verset sanglant du Lévitique, le Grison a toujours condamné les relations de couple qui s’écartent du catéchisme catholique.

A l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’homme, le 10 décembre 2013, le religieux avait rédigé une lettre pastorale pour dénoncer la «théorie du genre». «Qu’il y ait des troubles psychiques et physiques de l’identité sexuelle ne justifie pas que l’on supprime les différences fondamentales entre les hommes et les femmes», écrivait-il. Il détaillait alors comment «l’éducation sexuelle immorale» détruisait les piliers de la société.

«Selon la théorie du genre (Genderismus), toute pratique sexuelle (lesbiennes, gays, bisexuelles, transsexuelles) est équivalente à l’hétérosexualité. Toutes les formes de relations doivent avoir accès au «mariage» et donc aux méthodes artificielles de procréation et d’adoption d’enfants. Les gens sont privés de la boussole morale nécessaire au bon usage de leur liberté, qui leur permet de remplir leur tâche de parents, de mère ou de père», martèle l’évêque.

A la suite de cet écrit largement condamné dans la presse alémanique, le porte-parole de l’évêché expliquait au Blick que l’Eglise catholique était victime de «discrimination»: «Celui qui approuve les exigences du lobby homosexuel est jugé bon. Celui qui s’exprime autrement est considéré comme homophobe et mauvais. C’est profondément anti-libéral et contraire à la liberté de pensée et de croyance», argumentait-il.

L’évêché précisait peu après que la lettre pastorale – qui reprenait la position du pape d’alors, Benoît XVI – lui avait valu quelque 3000 lettres de soutien, à travers l’Europe.

Vitus Huonder ne s’est jamais écarté de cette ligne ultra-conservatrice. Cet hiver, il faisait de nouveau les grands titres en exigeant d’un prêtre qui avait béni une union homosexuelle à Bürglen (Uri) de quitter son église. La nouvelle avait provoqué une vague d’indignation. La communauté avait lancé une pétition et récolté plus de 40 000 signatures.

Le prêtre a pu finalement conserver sa place en promettant fin avril de ne plus jamais bénir des couples du même sexe. «Je suis prêt à respecter la ligne imposée par l’évêque Vitus Huonder», expliquait-il fin juin à la Neue Luzerner Zeitung. Il ajoutait néanmoins qu’il pourrait reconsidérer sa position, si «l’évêché changeait de ligne». Mais aucun bouleversement n’est en vue. La Conférence des évêques suisses (CES) rappelait cet hiver que tous les individus, y compris homosexuels, pouvaient être bénis, mais «pas leur union». Vitus Huonder avait déjà qualifié ces actes d’«abomination devant le Seigneur».

Les positions conservatrices de l’évêché de Coire ne manquent pas d’exaspérer certaines communautés catholiques. Deux mille personnes ont manifesté en mars 2014 à Saint-Gall, exigeant le retrait de Vitus Huonder. L’évêque Wolfgang Haas avait lui-même été muté au Liechtenstein, à la fin des années 1990, sous la pression populaire.

La cité de Zwingli, qui compte quelque 390 000 catholiques, se bat depuis des décennies pour avoir son propre évêché. Selon la NZZ, les évêques suisses auraient abordé la question lors d’une visite à Rome l’année dernière. Selon le porte-parole du Synode zurichois, Aschi Rutz, l’affaire est désormais aux mains d’un nonce apostolique, précise le quotidien zurichois.

Vitus Huonder devrait quitter le diocèse en 2017, à l’occasion de ses 75 ans.

«Les gens sont privés de la boussole morale nécessaire au bon usage de leur liberté», prêche Vitus Huonder

Publicité