Politique

L’exaspération a poussé l’UDC Vaud à exclure Claude-Alain Voiblet

C'est une figure centrale de l'UDC vaudoise et romande qui a été exclue du parti, jeudi soir. Claude-Alain Voiblet subit les conséquences de son vandalisme durant la campagne pour les fédérales

Jacques Nicolet, élu le 7 janvier à la présidence de l’UDC vaudoise, se souviendra de la première séance de comité qu’il tenait jeudi soir. À quatorze voix contre deux, les cadres ont décidé d’exclure Claude-Alain Voiblet du parti cantonal. «À titre personnel, ça a été difficile, car Claude-Alain Voiblet est un copain. Mais j’ai justement été désigné à la tête du parti pour gérer des situations délicates et les responsabilités ne me font pas peur», éclaircit immédiatement Jacques Nicolet.

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L’exclusion de celui qui a largement contribué à la progression du parti dans le canton intervient suite à des actes de vandalisme perpétrés durant la campagne des élections fédérales. Claude-Alain Voiblet, alors vice-président de l’UDC Suisse, coordinateur romand et candidat à la Municipalité de Lausanne, avait profité d’une virée nocturne pour recouvrir les affiches des candidats UDC au Conseil des Etats, Fabienne Despot et Michaël Buffat, avec les siennes, visant le Conseil national.

Réponses insatisfaisantes

Jacques Nicolet explique que tout a été mis en oeuvre pour trouver une alternative et renouer le dialogue avec le président de la section lausannoise, en vain. «Nous lui avons adressé un courrier début février. Nous lui laissions la possibilité de s’expliquer, dans le but de rétablir un bon fonctionnement des sections de Lausanne-ville et de Lausanne-district. Mais le délai de la réponse n’a pas été respecté et son contenu n’était pas satisfaisant. La décision de renvoi était donc pendante et il devait s’y attendre jeudi soir.» Le conseiller national Michaël Buffat qualifie les gestes de son ex-camarade de parti de «graves». «Je suis prêt à pardonner beaucoup de choses du moment que la personne reconnaît ses erreurs», admet-il seulement.

Plusieurs fois, nous lui avons tendu la perche. Plusieurs fois, il s’est moqué de nous.

C’est véritablement une exaspération qui sous-tend la section vaudoise du parti. «Plusieurs fois, nous lui avons tendu la perche. Plusieurs fois, il s’est moqué de nous: l'exclusion était la seule possibilité qu'il nous a laissée», explique un élu. Le rapport de confiance entre le parti et Claude-Alain Voiblet ayant été définitivement rompu, ses collègues ne lui prédisent plus une vie très longue en politique.

Pas de membre direct

L'affaire est du ressort de la section vaudoise, mais, en raison de sa double fonction de vice-président suisse et de coordinateur romand, elle a une résonance nationale. Mais le secrétariat central à Berne n'a eu vent de la réunion du comité vaudois que mercredi et l'autre vice-président romand, Oskar Freysinger, candidat pour un nouveau mandat, s'était informé de la situation par téléphone.

«Nous allons analyser la situation avec Claude-Alain Voiblet ces prochains jours. L’assemblée des délégués élit les nouveaux vice-présidents du parti le 23 avril. Il ne se représente pas. En ce qui concerne la coordination de l’UDC Suisse pour les partis cantonaux romands, nous sommes en train de reconfigurer les différents rôles et tâches», déclare laconiquement le secrétaire général Martin Baltisser.

On peut en conclure que la tâche de la coordination entre les sections romandes sera confiée à quelqu'un d'autre. Il faut préciser que les statuts du parti ne permettent à quiconque d'être membre direct du parti suisse. Il faut être inscrit dans une section. Si Claude-Alain Voiblet ne trouve pas refuge dans un autre canton, il ne sera plus considéré comme membre de l'UDC.

Il a désormais un mois pour faire recours. Il peut conserver son mandat de député au Grand Conseil en siégant comme indépendant. L’intéressé a préféré garder le silence vendredi, mais Jacques Nicolet juge cette solution probable, «il exécute très bien sa mission au parlement cantonal, je ne le vois pas arrêter avant la fin de la législature!»

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Pierre Oberson, président de l’UDC du district de Lausanne, s'est aussi vu signifier son renvoi. Dans son communiqué, le parti cantonal souligne que c'est «avec regret et tristesse que le comité central n’a eu d’autre choix que de constater l’impossibilité de poursuivre sa collaboration avec les personnes incriminées».

Devant les instances du parti, les deux hommes n'ont visiblement pas convaincu. Les membres du comité central ont en effet été «consternés» par leurs exposés. Ils leur ont reproché d'avoir constamment contesté les faits et «fui leurs responsabilités», alors que des preuves attestaient de leur participation à ces actes illicites.

Pour l'UDC Vaud, c'en était trop. Une telle attitude a, d'une part, nui à l'image de la section en la couvrant de «ridicule» en pleine campagne électorale et, d'autre part, mené à la rupture définitive du lien de confiance, peut-on lire. La décision de les exclure de l’UDC Vaud et des sections affiliées n'a d'ailleurs pas divisé les cadres. Pour Pierre Oberson, elle a été prise par quinze voix contre une.

Plusieurs crises

Pour Claude-Alain Voiblet, c'est un nouveau revers de taille, car il y a quelques jours, le parti annonçait que l'homme perdait la vice-présidence de l'UDC Suisse. En automne, il avait échoué à accéder au Conseil national. Or, comme Oskar Freysinger a lui aussi quitté le parlement, la direction du parti a voulu une personne siégeant à Berne et l'a trouvée en proposant à Céline Amaudruz de devenir vice-présidente.

Il était systématiquement lié aux problèmes que l’on a eu à gérer ces derniers temps.

L'UDC vaudoise, dont il a aussi été le président, a traversé plusieurs crises ces dernières années. Dans son communiqué, le parti déplore «une nouvelle affaire de personnes en son sein». «Il était systématiquement lié aux problèmes que l’on a eu à gérer ces derniers temps», s’exaspère l'un de ses collègues de parti.

Reste que l'UDC doit beaucoup à cet homme qui a fortement contribué, en une dizaine d'années, à faire progresser le parti sur sol vaudois. Né en 1963 à Moutier, fils d'agriculteur, il a siégé de 1990 à 2001 au Grand Conseil bernois. Cet antiséparatiste a brièvement été maire de Reconvilier et a coprésidé l'Assemblée interjurassienne. En 2003, après le fiasco de la Fondation Bellelay dont il était le directeur, il a quitté le Jura bernois pour le canton de Vaud, où il s'est rapidement fait connaître.

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