A Fribourg, si Carnaval est célébré toutes les années, le dernier dimanche de février, le cérémonial des coups de crayon électoraux bien aiguisés ne se renouvelle que tous les cinq ans, en l'occurrence le 4 mars prochain. Quel rapport direz-vous? Aucun. Sauf à Fribourg, où la guggenmusik «Les Trois Canards», regroupant cinq trombones, sept trompettes, trois sonneurs de cloches, quatre saxophonistes et dix adeptes de la percussion carnavalesque, vient d'être élevée au rang de «groupe de musique officiel de la ville de Fribourg».

A quelques semaines des élections, la formation de la Basse-Ville rejoint par miracle, dans le Parthénon de la consécration des formations musicales de cérémonie de la capitale, la Landwehr, institution cantonale forte d'une centaine de musiciens, et la Concordia, la plus ancienne fanfare du lieu.

Cette décision prise le 19 décembre 2000, mais dont le détail du vote divergent des neuf membres du Conseil communal (exécutif) a été publié il y a quelques jours par le quotidien La Liberté, fait rire toute la ville. Le syndic Dominique de Buman, honoré de la présence tonitruante des «Trois Canards» lors de sa récente accession à la présidence du Grand Conseil, a fait pencher la balance en faveur des nombreux électeurs amoureux du carnaval.

Et cela fait des voix puisque Carnaval, marqué par la mise à feu du Rababou, est l'une des trois manifestations populaires, avec la Saint-Nicolas et la très sérieuse Fête-Dieu, qui noircissent de monde les rues de la ville.

Cette reconnaissance officielle paraît toute naturelle au directeur des «Trois Canards»: «Nous n'attendons aucun avantage financier de cette reconnaissance officielle, précise Richard Hertig. Dominique de Buman a compris que nous animons le quartier et que la musique de carnaval fait aussi partie d'une culture musicale appréciée de la population.»

Le Conseil communal, déjà tiraillé par des tensions internes et de graves problèmes de manque de confiance qui avaient obligé le préfet à intervenir en 1998, ne sort pas grandi de l'opération «Trois Canards». «A quand les pom-pom girls. Cela montre à quel niveau on travaille. Un coq, trois canards et cinq pingouins, ce sera joli après les élections», se lamente un membre de l'Exécutif, en évoquant le changement de formule qui fera passer l'Exécutif de neuf à cinq membres.

«Nous sommes ridicules. Toute la ville se fiche de nous. Cela dessert l'ensemble du Conseil», constate, amère, Nicole Zimmermann, qui s'est opposée à la reconnaissance officielle des «Trois Canards». S'il est un homme que l'affaire ne fait pas rire, c'est Nicolas Deiss. Le préfet de la Sarine est furieux car ses remises à l'ordre sur les violations du secret de fonction, en 1998, sont restées sans effet. Il devra à nouveau ouvrir une enquête et transmettre le dossier à un juge instructeur, voire au Conseil d'Etat pour la partie administrative. Il juge «absolument inadmissible» la révélation du détail du vote sur les «Trois Canards».

En attendant, Dominique de Buman continue sa tournée électorale. Mercredi soir il a annoncé personnellement la bonne nouvelle à la Société Dante Alighieri, soutenue par 2300 pétitionnaires. Fribourg retrouvera sa rue de Rome, perdue en 1993 par simple décision administrative. Soucieux de la surcharge de travail du préfet, Le Temps ne révélera pas le détail du vote du Conseil communal, divisé sur la question, car en regagnant (la rue de) Rome, Fribourg perd une partie (de la rue) du Jura. Or la statistique montre que les électeurs jurassiens résidant à Fribourg sont moins nombreux que les catholiques italophiles.