Les revenus stagnent, les charges augmentent (+2,5%, à 1,13 mil­liard de francs) et le résultat est un déficit de 25,2 millions. Ainsi peut se résumer le projet de budget de l’exécutif de la Ville de Genève pour l’année prochaine. La planification, qui doit maintenant être étudiée, amendée, puis votée par l’assemblée communale d’ici à décembre, a été dévoilée mercredi par la responsable des Finances municipales, Sandrine Salerno. La socialiste a pratiqué un langage lisse, presque dépolitisé, lors de sa présentation, tout en soulignant le contexte politiquement chaud; celui d’une campagne pour les élections cantonales où deux membres de l’exécutif de la Ville – elle-même et son collègue de la gauche dure Rémy Pagani – briguent une place au Conseil d’Etat. «Malgré cela, le Conseil administratif a voulu aborder l’enjeu budgétaire de façon sereine», a souligné la magistrate.

Voie médiane

Un déficit à peine plus léger figurait déjà au pied du précédent projet de budget, qui a finalement été ramené à l’équilibre avant d’être voté par une majorité incongrue du Conseil municipal (PS, Verts, MCG et UDC, opposés au centre droit et à l’extrême gauche). Le niveau des investissements avait alors constitué une pierre d’achoppement au sein de l’exécutif, Sandrine Salerno se faisant l’avocate d’une approche prudente (aux environs de 100 millions), alors que Rémy Pagani plaidait pour une version plus dispendieuse. Le niveau choisi pour 2014 – 130 millions – montre qu’une voie médiane a été choisie entre les deux magistrats, à la fois rivaux et alliés dans la course au gouvernement cantonal. Le montant choisi, avance Sandrine Salerno, «correspond à la capacité financière de la Ville et aux besoins de ses services, mais le Conseil municipal peut le modifier.» Reporter certaines rénovations nécessaires peut toutefois revenir à créer une «dette occulte», souligne l’édile. Le taux d’autofinancement (45%) additionné au déficit et aux versements que la Ville doit consentir pour renflouer sa caisse de pension devrait ainsi grossir la dette communale de 200 millions, la portant à 1,6 milliard.

La hausse des charges est due pour un septième à la création de 52 nouveaux postes, alloués pour moitié au département sécuritaire du seul membre de droite de l’exécutif, le PDC Guillaume Barazzone. «C’est donc aussi son projet de budget», souligne Sandrine Salerno, anticipant la mauvaise humeur de la droite.

Laquelle s’est en effet manifestée. L’UDC prévient d’ores et déjà qu’elle refusera d’entrer en matière sur ce budget déficitaire. Le PLR Olivier Fiumelli est lui aussi tenté: «L’exécutif aurait dû présenter un projet équilibré, reproche-t-il. La Ville devrait dégager des excédents de fonctionnement pour couvrir ses investissements et anticiper sur la baisse des revenus fiscaux issus des entreprises.»