Etre membre d'une assemblée constituante peut-il être un bon tremplin politique? Alors que les Genevois viennent d'élire leurs 80 constituants, il est intéressant d'analyser ce que sont devenus leurs prédécesseurs fribourgeois, nommés par le peuple en 2000.

La Gruyère en a eu l'idée. Dans son édition de jeudi, le journal du Sud fribourgeois présente une vue d'ensemble des 130 anciens constituants cantonaux, ainsi que des projets législatifs résultant de leurs travaux.

On serait presque tenté d'écrire que l'Assemblée constituante fribourgeoise a été une pépinière de talents. Elle a permis en tout cas l'éclosion de deux ténors de la politique suisse: les socialistes Christian Levrat et Alain Berset. Le premier a présidé la Constituante fribourgeoise en 2003; le second a été chef du groupe PS.

Deux étoiles suisses

A côté de ces deux étoiles, dont le parcours est connu, l'exercice de réécrire une nouvelle Constitution a permis l'affirmation de toute une nouvelle génération de politiciens. Quelque 18 des actuels 110 députés au Grand Conseil ont fait leurs armes à la Constituante. Parmi eux, des personnalités dont on parle, comme la syndique socialiste de Villars-sur-Glâne Erika Schnyder, la radicale Antoinette de Weck, qui préside le Conseil de la magistrature (une création de la Constituante) ou le vice-président du PDC, Alex Glardon.

On recense par ailleurs huit autres personnes qui ont siégé au parlement cantonal lors de la précédente législature, dont le radical Denis Boivin, candidat malheureux à la préfecture de la Sarine et père de l'initiative «Fusion 2011» voulant former un Grand Fribourg de 60000 habitants. La juge d'instruction Yvonne Gendre a également été constituante. D'autres de ses anciens pairs sont aujourd'hui membres de l'exécutif de leur commune. Dernier point intéressant: les élus des listes citoyennes (lesquels étaient nombreux) militent aujourd'hui, pour la plupart, dans un parti politique traditionnel.

Selon Alain Berset, «l'élection à la Constituante a permis un renouvellement du personnel politique, car elle a subitement élargi la base». Certains membres s'en sont servis comme tremplin pour se faire élire, l'année suivante, au Grand Conseil, d'autres ont attendu la législature suivante.

Le conseiller aux Etats insiste sur le «mandat absolument fantastique» qu'a constitué cette réécriture de la Constitution. «C'est l'occasion, unique, de mener un projet de A à Z. On part de zéro pour aller jusqu'aux urnes avec un texte. Par ailleurs, cela n'engendre pas de débats sur les virgules, mais sur des projets de vie, sur l'organisation de la société. Cela laisse parfois la place à des points de vue philosophiques. Et à la fin, pour que le projet final passe la rampe, il faut faire l'apprentissage du compromis», indique-t-il.

Travaux en retard

Entamés en 2000, les travaux de l'Assemblée constituante fribourgeoise ont trouvé leur aboutissement en mai 2004, lorsque 58% des citoyens adoptaient leur projet. Entrée en vigueur en 2005, la Constitution fixait elle-même le délai du 1er janvier 2009 pour la fin de sa mise en application. Mais les constituants ont été trop ambitieux à ce propos. A ce jour, un tiers de la quarantaine de projets dits impératifs n'a pas encore pu être concrétisé. Le rapport final attendu par le Grand Conseil au terme des grandes réformes ne sera pas présenté avant le printemps 2010. Sans que l'on puisse blâmer l'exécutif et le législatif cantonal d'avoir du retard: le calendrier semblait par trop ambitieux.