diplomatie

L’ex-opposant russe Khodorkovski est arrivé en Suisse

L’oligarque gracié par Vladimir Poutine fin décembre est arrivé en train à Bâle dimanche soir. Il peut rester jusqu’à trois mois en Suisse, où ses enfants vont à l’école, et dans l’espace Schengen

Au bénéfice d’un visa Schengen délivré par la Confédération, Mikhaïl Khodorkovski est arrivé dimanche par le train à Bâle, en provenance de Berlin. L’ex-oligarque russe avait été gracié le 20 décembre dernier par Vladimir Poutine après avoir passé dix ans en détention en Russie.

La société Creafactory a annoncé dans un communiqué qu’il était venu en train de Berlin pour des raisons familiales. «Lui et sa femme accompagnent leurs deux fils qui reviennent à l’école en Suisse», a précisé l’agence de communication basée à Zoug.

Mikhaïl Khodorkovski, qui peut demeurer légalement trois mois en Suisse, n’a pas encore décidé de l’endroit où il s’installera de manière permanente.

Son visa lui permet de voyager dans tous les pays de l’espace Schengen, soit la majorité des pays de l’Union européenne et plusieurs Etats n’appartenant pas à l’UE, dont la Suisse.

Il bénéficie en outre d’un visa d’un an délivré par l’Allemagne. Au lendemain de sa libération, l’ex-magnat du pétrole avait gagné la capitale allemande, où il a passé les fêtes de fin d’année avec sa famille.

Procès en cours

M. Khodorkovski remercie les autorités suisses «qui ont pris une position de principe en sa faveur toutes ces années depuis son emprisonnement injuste».

Arrêté en 2003, il avait été condamné en 2005 et 2010 sur des accusations de fraude fiscale, escroquerie, vol de pétrole et blanchiment d’argent. La Cour suprême russe a récemment fait savoir qu’elle allait réexaminer les dossiers de ses deux procès en cours.

Selon nombre d’observateurs, M. Khodorkovski a payé pour avoir tenu tête au président russe Vladimir Poutine, montré trop d’indépendance et financé des partis d’opposition.

6,2 milliards en Suisse

Le conseiller national Andreas Gross lui avait rendu visite en prison. «Je suis extrêmement reconnaissant du fait qu’un parlementaire suisse […] m’ait rendu visite en prison», avait déclaré l’ancien oligarque à sa sortie de prison.

Dans le cadre d’une demande d’entraide judiciaire de la Russie, le Ministère public de la Confédération avait, en 2004, fait bloquer 6,2 milliards de francs dans cinq banques, un record en Suisse. Ces fonds figuraient sur les comptes de 20 actionnaires de la société Ioukos.

La mesure avait toutefois été contestée par les parties visées. Le Tribunal fédéral (TF), jugeant que la procédure avait violé le principe de proportionnalité, avait levé le séquestre.

La demande d’entraide de la Russie a même été catégoriquement refusée par le TF en 2007. Les juges de Mon-Repos ont estimé que «tous les éléments du dossier corroborent clairement le soupçon selon lequel la procédure pénale ouverte à Moscou serait instrumentalisée par le pouvoir en place».

Aider les prisonniers politiques

Après sa libération, Mikhaïl Khodorkovski a exclu dans plusieurs interviews vouloir se lancer dans la lutte politique, à proprement parler, et financer l’opposition.

Il compte néanmoins se battre pour la libération d’autres prisonniers politiques détenus dans les prisons russes. «On ne peut pas vivre tranquillement quand on sait qu’il y a des prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons», a expliqué M. Khodorkovski.

«Je crois que l’engagement pour libérer des gens emprisonnés injustement est le devoir du citoyen lambda. Cela n’a rien à voir avec de la politique», a-t-il ajouté.

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