Pierre Maudet est le premier à en convenir. Les grandes stratégies sont à la mode. Et le ministre genevois de la Sécurité ne déroge pas à cette tendance. Le Tome 1 de Vision 2030, 45 pages consacrées aux lignes directrices du canton en la matière, a été présenté mercredi à la presse. Et ce n’est qu’un apéritif. Un Tome 2, annoncé comme plus proche des réalités concrètes du terrain, est attendu pour 2018. Vertige garanti.

Pour cet exercice, le conseiller d’Etat était accompagné d’André Duvillard, le délégué du réseau national de sécurité et aussi le monsieur lutte contre la radicalisation au niveau suisse, et d’Alexandre Vautravers, l’expert des questions militaires et le chargé de mission à mi-temps au sein du département pour réfléchir, justement, aux questions stratégiques.

«Lever la tête du guidon»

L’objectif de la démarche, a précisé Pierre Maudet, était de prendre du recul, «de lever la tête du guidon» afin d’anticiper quels seront à l’avenir les paramètres importants. Par exemple, le vieillissement de la population et son impact sur les mesures de prévention ou la sécurité des déplacements. Fruit plutôt indigeste d’une année et demie de travail et de consultation, cette réflexion décline problématiques, objectifs et menaces dans un ordre assez complexe. Une page s’intitule d’ailleurs: «Comment lire cette stratégie».

Sans surprise, l’intensification de la coopération et la promotion de l’interopérabilité — terme combien barbare mais semble-t-il incontournable — figurent en tête des axes privilégiés. «Il faut tirer à la même corde», dira le conseiller d’Etat dans un langage plus clair. Pour André Duvillard, l’efficacité passe désormais par les réseaux, le partenariat et les synergies. L’ancien chef de la police neuchâteloise imagine déjà un centre de compétence régional pour traiter de la cybercriminalité. «Il faut faire le plus possible avec des moyens limités».

Refonte de l’Etat-major de crise

La nécessaire prévention, la protection et la répression ainsi que tout autre mesure garantissant le rayonnement de la Genève économique, touristique et internationale, sont aussi au menu des axes stratégiques. Rien de révolutionnaire. Comme l’a encore relevé Pierre Maudet, «il s’agit de revenir aux fondamentaux».

Parmi les objectifs cités en exemple, il y a la constitution d’un nouvel état-major cantonal de crise et d’analyse des risques. «Ce changement est à bout touchant», a annoncé Pierre Maudet. Ce commandement revisité aura, précise encore Alexandre Vautravers, certains responsables permanents, et non plus seulement disponibles, qui seront d’autant plus investis.

Menace terroriste

Même si le ton était au dépassement des effets de mode, la menace d’attentats et la prévention de la radicalisation ont toujours la cote. Le Conseil consultatif de sécurité, né de la nouvelle loi sur la police et réunissant quatorze membres d’horizons différents, a consacré ses quatre premières séances à ce risque en abordant la question du terrorisme, de la migration, la gestion de crise et la résilience nécessaire aux sociétés pour résister à la panique sans renoncer à l’État de droit.

La menace terroriste sera également le sujet d’un exercice de conduite stratégique, agendé les 16 et 17 novembre, à l’occasion de la réunion à Genève de tous les ministres cantonaux de justice et police. En espérant que l’exercice restera sur papier et ne deviendra pas grandeur nature comme lors de l’alerte attentat déclenchée en décembre 2015.