Ce n'était rien de moins que la quatrième tentative pour écarter l'un des cosignataires du rapport d'expertise concernant la débâcle de la Banque Cantonale de Genève. Mais une fois encore, le recours visant à obtenir la récusation de l'expert Roland Burger a été rejeté et qualifié de «manifestement infondé» par la Chambre d'accusation.

Dans cette ordonnance, notifiée hier aux parties, les juges rappellent avec un certain agacement les multiples querelles déjà faites à cet expert. La dernière en date n'a pas trouvé plus de grâce à leurs yeux. Rappelons que cette ultime offensive avait germé à Lausanne, lors du procès des anciens dirigeants et réviseurs de la Banque Cantonale Vaudoise. A cette occasion, l'ancien patron romand d'ATAG Ernst and Young, poursuivi dans les deux procédures, avait appris que le comptable mandaté par l'Etat de Vaud pour une expertise privée n'était autre qu'un collègue de travail de Roland Burger, expert officiel dans le dossier genevois.

Double casquette?

La défense dudit réviseur a donc pris la plume pour remettre en cause l'impartialité de l'auteur du rapport de 300 pages relatif à la BCGE au motif de la double casquette portée par cette fiduciaire dont deux des associés avaient œuvré dans ces procédures distinctes. La demande de récusation a été rejetée par le juge d'instruction Daniel Dumartheray. La Chambre d'accusation vient d'abonder dans le même sens en écartant notamment l'argument selon lequel l'expert Burger aurait dû tenter d'empêcher son collègue d'accepter le mandat vaudois.

«On ne discerne pas la raison pour laquelle l'expert Burger, mandaté à titre personnel, aurait été légitimé à chercher à empêcher - si tant est qu'il en eut le pouvoir- son collègue Rodondi d'accepter, également à titre personnel, un mandat d'expertise privée confié par les autorités vaudoises, ni en quoi ce mandat vaudois, auquel il n'a pas participé, pourrait amener l'expert Burger à modifier ultérieurement son opinion sur les faits qu'il a expertisés», souligne la décision. Ce d'autant plus, rappellent les juges, que l'expert du dossier genevois a achevé ses travaux bien avant que son collègue ne s'engage dans le dossier vaudois pour analyser des faits complètement différents.

Le monumental dossier de la BCGE ayant été transmis au Parquet en mars dernier, l'issue de ce recours lève le dernier obstacle cantonal à un renvoi en jugement - une fois les réquisitions rédigées par le procureur général- des cinq anciens dirigeants et réviseurs impliqués. Au plan civil, la procédure opposant l'Etat de Genève à la société de révision Ernst and Young se poursuit avec, là encore, la prochaine nomination d'experts.